Une nouvelle inédite de François Barcelo « Dernier soir sur un pont »

Publié le par la redaction nrp

Au Canada, des enfants amérindiens innus (on les appelait autrefois des Montagnais) vivent dans des réserves une vie sans espoir. Ils respirent des vapeurs d’essence à la recherche de paradis artificiels. Depuis peu de temps, on a commencé à envoyer ces enfants en ville pour leur faire subir des cures de désintoxication. Cela a inspiré à François Barcelo (auteur de Cadavres, Moi les parapluies, Chiens sales et L’ennui est une femme à barbe, tous en Série Noire) la plus noire de toutes ses histoires.

DernierSoirSurUnPont

Une nouvelle inédite (et nous en remercions l’auteur). Support de l’analyse de Léo Lamarche dans le supplément Écrivains et enseignants de mars 2011.

Dernier soir, sur un pont
par François Barcelo

Savez-vous ce que j’aime le mieux regarder, de tout ce qu’on peut regarder ici ?
Les aurores boréales.
Il n’y a rien de plus beau nulle part au monde. J’en suis sûr, même si je ne suis jamais allé ailleurs. Et celles qu’il y a ce soir sont les plus belles que j’aie jamais vues.
On dirait que le ciel est plein de rideaux que le vent pousse tout doucement. Chez nous, à la maison, on a déjà eu des rideaux un peu comme ça, dans le temps que Maman était là. Quand elle est morte, les rideaux se sont usés tout seuls parce que le vent poussait dedans et ils ont fini par se déchirer tout seuls aussi. Papa les a enlevés. Mais, juste avant qu’il les enlève, ils étaient comme des aurores boréales quand les fenêtres étaient ouvertes.
Ce soir, les aurores boréales sont plus belles que nos rideaux d’après Maman, mais un peu pareilles quand même.
On dirait qu’elles dansent sans se dépêcher, au-dessus de la tête des épinettes. Je les vois très bien, parce que je suis sur le pont du chemin de fer. Juste au milieu, le meilleur endroit pour voir le ciel et les aurores boréales.
C’est mon frère Joseph qui m’a amené ici tout à l’heure. Il m’a dit de m’asseoir là avec mon sac et que j’en avais pour au moins deux heures avant que le train passe.
Je n’ai pas entendu Joseph, parce que je suis sourd, mais je comprends toujours ce qu’il me dit parce que je le regarde quand il me parle.
Alors, je me suis assis avec les pieds pendants entre les traverses et avec mon sac sur les genoux, pour regarder les aurores boréales qui bougent dans le ciel. Elles sont surtout blanches, mais des fois il y en a des un peu jaunes ou des presque roses ou des quasiment vertes.
On est en octobre. Quand il n’y a pas de nuages le soir, je trouve que c’est le plus beau mois de l’année pour les aurores boréales. Et ce soir, je trouve que c’est le meilleur soir pour ça depuis qu’on est en octobre.

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