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Lire en classe, extension du domaine de la lutte

Publié le par La rédaction NRP

Par Elvire Curtet


Comment transmettre une sensibilité, une émotion face au texte littéraire ? Ce défi habite et anime tout professeur de français. Aussi incongru que cela puisse paraître, il y a peut-être à glaner du côté des sports de combat pour amener une nouvelle manière d’entrer en dialogue avec un texte.

Le texte au corps à corps
Comment sortir du diptyque texte/questions qui constitue le cours de français ? Voici qu’un lutteur, Hervé Dohin, amène une piste de réflexion… Il explique qu’il travaille « en sensation », autrement dit pas de vocabulaire technique ou de gestes à répéter, mais une compréhension par la pratique. Les outils techniques arrivent ensuite, par déduction. C’est de Maurice Sauvageot qu’il tient cette manière d’enseigner. Pour lui, l’intelligence émotionnelle doit précéder l’intelligence rationnelle. Travailler en sensation… solliciter l’intelligence émotionnelle… en cours de français, qu’est-ce que cela pourrait donner ? Et si l’on travaillait le texte comme un corps vivant, si l’on en révélait la matière hautement sensible ?

Le corps se fait poème
« Un grand texte littéraire se distingue des médiocres par une qualité sonore qui nous met en présence d’une personne vivante » (Marc Fumaroli). La voix a été longtemps l’organe de transmission des textes. C’est un retour à cette tradition que proposent Pascale Chiron et Philippe Chométy à leurs étudiants de l’université Jean Jaurès à Toulouse. Depuis cinq ans, à côté du commentaire composé, « interpréter » prend un sens musical ou théâtral. En travail de groupe, ils abordent les textes dans la lecture à haute voix, entre un lecteur et un public de camarades. Si l’on discute la métrique ou les enjambements, c’est pour s’interroger sur un choix de lecture. Lire à voix haute devient « une expérimentation du sens » et le lien entre théorie et pratique s’en trouve renouvelé. Dans ces cours d’un genre particulier, le corps est au centre de l’expérience, qui devient expérience intelligible et sensible. La raison est dépassée et le texte, transmis par la voix, devient une présence. L’on pense ici à Hans Ulrich Gumbrecht, un professeur de Stanford qui veut « faire ressentir à ses étudiants des moments d’intensité » et qui compare les séances de lecture à haute voix à des épiphanies.

Vivre et faire vivre
La lecture à haute voix est immuable. Mais pour nos collégiens pour qui le passage devant les camarades est difficile, on peut proposer des lectures chorales.
Cela peut se faire assis, avant la séance de lecture analytique. En petit groupe, ils mettent en œuvre des manières de dire le texte : quelles phrases seront chuchotées ou criées, lesquelles seront en canon, quels mots en écho ? Quels bruitages peuvent accompagner la lecture ? C’est alors entrer dans un texte par son rythme, son battement, ses mesures, en ressentir la surface mobile, mouvante,  vivante pour mieux en explorer les fonds. Faire vivre le texte peut passer également par l’écriture. Véronique Larrivé parle « d’empathie fictionnelle ». Elle propose en 6e, autour de l’Épopée de Gilgamesh, la rédaction d’un journal de bord dans lequel « les élèves sont invités à écrire à la première personne en adoptant le point de vue d’un personnage ». Elle constate que « l’activité d’écriture est un exercice de stimulation mentale » et que « l’écriture en “ je “ est une expérience d’empathie fictionnelle à l’égard du personnage ». Les élèves progressent dans la compréhension des affects et dans leur capacité à se projeter dans un monde fictionnel.

Le corps du texte
Ces deux aspects de lecture/écriture, peuvent se combiner en passant par la réécriture dramatique. Marie Bernanoce regrette que le transfert générique du récit au théâtre soit si peu utilisé en dehors de l’argumentation. Pourtant, qu’est-ce que le théâtre sinon « mettre en corps » un texte ? Dans ses classes de 4e, elle s’attaque au K de Dino Buzzati et propose réécriture théâtrale et mise en scène à ses élèves. Le transfert de la narration au dialogue permet d’aborder l’utilisation des temps verbaux, des paroles rapportées, du rythme du récit. C’est à l’épreuve de l’écriture que s’apprennent et se comprennent ces notions délicates. D’autre part, le personnage est observé de l’intérieur pour éprouver ses émotions et révéler ses pensées. Cette matière devient ensuite répliques et monologues. Et au-delà de la mise en voix, interpréter ces répliques, c’est imaginer des attitudes et des gestes, faire une « interprétation corporelle » du personnage. Si parfois, aborder un texte relève de la lutte, ces différentes manières de travailler un texte peuvent faire apparaître à nos élèves que la lecture est le résultat non d’un combat mais d’une coopération, et que tout texte, perdant son statut d’adversaire, peut se faire partenaire.

 

Exemple de séquence en classe de 5e : La réécriture du Conte du Graal – Réécriture dramatique, mise en voix et mise en espace

Prérequis

– Les élèves auront lu Le Conte du Graal. Adaptation recommandée : Anne-Marie Cadot-Colin, Perceval ou le Conte du Graal (2005).
– Les élèves auront déjà fait une séquence autour du théâtre pour connaître le principe des didascalies et des dialogues.
– Nous avons délibérément décidé de ne travailler que sur Perceval et de laisser de côté le chevalier Gauvain.

Séance 1. Le passage à la scène (1 heure)

– Début du conte : réfléchir au transfert à la scène. Combien de personnages ? Pour jouer quoi ?
– Les élèves volontaires testent leurs propositions. La présence du narrateur dans le conte devrait poser un problème à résoudre.
– Dégager les questions et les choix à faire pour le transfert générique.

Séance 2. Premières scènes (2 heures)

– Différents groupes réécrivent les scènes les plus emblématiques du conte (rencontre initiale avec les chevaliers, arrivée au château d’Arthur, rencontre avec Blanchefleur, par exemple.).
– Le passage à l’oral qui suit permet d’éprouver l’écriture qui a été faite. Les élèves-spectateurs proposent des améliorations.
– La reprise en classe entière vise à formaliser l’ensemble des remarques pour élaborer des règles de la réécriture dramatique.

Séance 3. Comparaison des écritures ; pistes d’amélioration

(1 heure)

– Mise en parallèle du tout début du conte avec la première scène de Perceval Le Gallois réécrite par Florence Delay et Jacques Roubaud (voir le dossier pédagogique du TNP de Villeurbanne : https://tinyurl.com/yyp44mdx).

– En classe entière :

  • Observer les différences typographiques ;
  • Remarquer ce qui va devenir une didascalie/ce qui sera mis en dialogue ;
  • Relever les anachronismes langagiers ;
  • Comprendre ce qui différencie l’écriture dramatique et le récit.

Séance 4. Reprise et finalisation (2 heures)

– Les outils mis au jour au cours des séances précédentes doivent être utilisés pour corriger ce qui a déjà été fait.
– Nouveau passage à l’oral pour tester les dialogues.
– Finalisation : toutes les scènes devront être écrites intégralement, didascalies comprises.

Séance 5. Mise en scène (2 heures)

– Recherches sur le Moyen Âge dans le cadre de la mise en scène : comment représenter la forêt, les châteaux, les costumes des personnages ?
– Observation d’enluminures : traitement de la perspective ; la merveille et la présence de l’eau ; chevaliers et châteaux forts ; les couleurs.
– Rassemblement collectif de croquis et travaux de réécriture sur un livret de scène (on pourra s’inspirer notamment des livrets d’Ariane Mnouchkine ou de Bruno Castan).

Évaluation

Plutôt qu’une évaluation sommative, on pourra faire travailler les élèves sur le métalangage et l’argumentation, c’est-à-dire justifier les choix qu’ils ont faits sur le plan esthétique en rapport avec le sens qu’ils ont retenu.

BIBLIOGRAPHIE

Livres documentaires

    • BERNANOCE Marie, Écrire et mettre en espace le théâtre, CRDP de l’académie de Grenoble, Éditions Delagrave, 2002.
    • CHOMÉTY Ph, CHIRON P., « À voix haute. Que fait la poésie aux étudiants ? », in Performances poétiques, Nantes, Éditions nouvelles Cécile Defaut, 2017, p. 177-195.
    • DOHIN Hervé, « La lutte éducative. Un art de communication vecteur de la construction identitaire »,

https://www.cairn.info/revue-empan-2003-3-page-21.htm

  • LARRIVÉ Véronique, « Empathie fictionnelle et théories de la fiction, quelles implications en didactique de la littérature ? », in Les Formes plurielles des écritures de la réception, vol. 1, Genres, espaces et formes, Presse Universitaires de Namur, Coll. Dyptique, Namur, 2017.
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Rencontre NRP à l’occasion des 70 ans de la revue

Publié le par La rédaction NRP

 LENSe goût des livres Ou comment transmettre la passion de la littérature

Le 20 octobre 2016 –  De 14h à 18h à l’ENS, 45 rue l’Ulm Paris

 Qui n’a pas un jour eu une révélation en lisant : « Non, non, mon cher amour je ne vous aimais pas ! » ou : « C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar. » Ou encore : « Exilé sur le sol au milieu des  huées / Ses ailes de géants l’empêchent de marcher. » Je parle de nos propres révélations ou chocs littéraires. La passion de la littérature a souvent ses origines dans une lecture de hasard ou scolaire, le plus souvent. Léguée par un enseignant. Comment poursuivre cette transmission aujourd’hui ? Quels sont les chemins actuels pour mener les élèves à une lecture qui fait sens, un goût des livres qui recèle des mondes inconnus ? À l’école, on a développé une approche très technique de la lecture et du commentaire, au risque, parfois, de masquer et d’anesthésier le sens, les sens.  Comment alors envisager cette part de notre métier qui relève autant de l’initiation que de l’enseignement ? Nous avons demandé  à des écrivains, des écrivains et professeurs, des professeurs, des formateurs d’enseignants de répondre à ces questions.  Ils nous diront chacun à leur manière comment susciter cette nécessité vitale qu’est la lecture de la littérature. Où l’on découvre que le goût du livre est aussi un goût de vivre. 

Yun Sun Limet, Directrice de la NRP et Claire Beilin-Bourgeois, Conseillère pédagogique

Programme (le programme est en cours d’élaboration, il est susceptible d’être modifié) 

  • Ouverture et présentation de la NRP : petite et grande Histoire par Yun Sun Limet
  • Savoir lire par l’association Dys 
  • La petite musique de nuit des classiques par Cécile Ladjali
  • Lecture par Christine Curelier
  • Le goût des livres et la chair de l’écrivain par Pierre Péju
  • Lecture par Florient Azoulay
  • Quelques entrées concrètes dans la littérature par Antony Soron
  • Un exemple : faire aimer la littérature médiévale par Blandine Longhi
  • Lectures par Christine Culerier et Florient Azoulay

Entrée libre dans la limite des places disponibles.

Vous pouvez dès à présent vous inscrire en cliquant ici

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Pour un été sur la route au son des guitares électriques…

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Pour bien finir l’année scolaire et bien commencer les vacances, voici une petite sélection de romans rock n’roll pour les ados d’aujourd’hui. Trois livres (et une collection) qui ont retenu notre attention par leurs histoires touchantes et authentiques et leurs styles particulièrement rythmés. Un subtil mélange de divertissement et de réflexion, des histoires de jeunes à la recherche d’eux-mêmes et d’une place dans la société.

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Coups de coeur de l’été

Publié le par la redaction nrp

En ce printemps et à l’approche de l’été, nous avons demandé aux éditeurs de littérature jeunesse de choisir pour la NRP un « coup de coeur » dans leurs publications récentes, à conseiller comme lecture « plaisir » aux collégiens. Nous vous proposons ici leur sélection. Dans la revue papier de mai-juin, vous découvrirez les « coups de coeur de l’été », retenus par le comité de la NRP

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Lire du théâtre

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Mersa Alam
Le numéro de mai-juin 2010 de la Nouvelle Revue pédagogique est consacré au théâtre. Il propose une étude de pièces du théâtre du XXe siècle, mais également des séances de mise en voix, d’improvisation et d’écriture. Dans le cadre de ce numéro, nous vous proposons deux lectures complémentaires qui vous permettront d’aborder en classe deux textes du répertoire de la littérature jeunesse, parus récemment et, pourquoi pas, d’imaginer une mise en scène avec vos élèves. Lire la suite

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