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Étudier Frankie Addams de Carson McCullers

Publié le par La rédaction NRP

Par Anne Pascal, professeure de lettres modernes au collège Vercingétorix (Montech)

Frankie Adams Carson McCullers, Supplément collège novembre 2020
Peu d’auteurs et peu d’œuvres auront aussi bien capté et retranscrit l’état étrange qu’est l’adolescence, cette faculté de « s’ennuyer à périr […] et de là, exercer son imagination, forger la matière du désir […] prendre ses rêves pour des réalités et ruer dans les brancards pour advenir. »1 Arnaud Cathrine parle en effet de sa lecture comme d’un « miroir » tendu, et affirme que l’adolescence de Frankie Addams est « la nôtre ».

Un chef-d’œuvre sur l’adolescence

Comme Frankie, le lecteur de cinquième a douze ans. Écrit à hauteur de cet âge-là – si spécial, si inconfortable –, le roman ne présente aucune difficulté de lecture ; le vocabulaire est volontairement simple, répétitif ; il y a dans cet été « fou » de Frankie une étrange musique triste qui se détache avec des motifs qui reviennent. Frankie, douze ans, s’ennuie en cet été 1944, dans une petite ville du sud profond de la Georgie ; elle ne sait quoi faire d’elle-même et de son malaise aussi physique qu’existentiel ; lorsque son frère arrive et annonce son mariage avec une belle fiancée pour le dimanche qui suit, l’imagination de Frankie décolle et l’extrait de son quotidien ennuyeux : c’est décidé, elle partira avec eux à travers le monde. Tour à tour paniquée par ces changements en elle et dans le monde qui l’entoure (si loin si proche, rêves d’Alaska ou échos de la guerre en Europe), galvanisée, enfantine, mythomane, altruiste et égoïste, Frankie se consume presque entièrement mentalement pour son projet. L’essentiel du roman tient en une semaine où l’on voit Frankie s’échapper de sa routine auprès d’une nourrice noire pleine de sagesse et d’un cousin plus jeune, qui lui tend un miroir qu’elle repousse, et se rêver enfin appartenant à une entité nette complètement fantasmée.

La lecture proposée

L’étude proposée est répartie sur les deux premières étapes de ce supplément, tandis que la troisième est consacrée au film L’Effrontée de Claude Miller, qui a été tardivement reconnu comme une adaptation libre du roman de Carson McCullers. Cette étude offre l’occasion d’aborder de nombreux enjeux narratifs et de pratiquer diverses activités : lecture, jeu théâtral, débat, lecture d’images, écriture, étude de la langue, et même une réflexion sur des notions plus complexes comme le temps narratif ou le point de vue. Dans un premier temps, nous avons proposé d’essayer de comprendre l’état de solitude de la jeune fille, en étudiant, notamment à travers la description des lieux familiers (comme cette cuisine à la fois refuge et prison, son sentiment de peur dont elle n’identifie pas la cause ; pour cela, il faut se pencher sur la focalisation interne adoptée dans le récit, observer finement le texte, et s’entraîner à manipuler différents procédés d’écriture.
Dans un deuxième temps, qui coïncide dans le roman avec la métamorphose fantasmée de Frankie en jeune adulte qui s’émancipe, une réflexion sera menée sur le besoin d’appartenance à un groupe, thème du programme de cinquième, qui est au cœur de la souffrance de Frankie. La solitude de Frankie fait écho à celle de Bérénice, la nourrice noire, et permet également d’aborder la place des Noirs à cette époque dans un état ségrégationniste.
Enfin, dans la dernière partie, notre étude vise à comprendre la transposition du roman en film emblématique des années 80 qu’est L’Effrontée, trésor de sensibilité et de justesse ; ce sera l’occasion de revoir les mécanismes de transposition d’un dialogue de roman à celui destiné à être joué (en passant également par la propre adaptation de Carson McCullers de son roman pour la scène, et le film qui en fut tiré au début des années 1950) et de se familiariser, à travers une sorte de jeu de piste, avec les notions d’adaptation fidèle et d’adaptation libre.
On finira l’étude par une réflexion sur la notion d’autobiographie (dans le roman et dans le film) qui n’exclut pas, bien au contraire, l’universalité du propos.
Gageons donc que, si tant de lecteurs (célèbres ou anonymes) se sont reconnus dans ce portrait pourtant si particulier et circonstancié, notre pari de partager cette œuvre à des jeunes lecteurs de cinquième sera réussi, et que leur lecture soit un miroir aussi instructif qu’apaisant.

  1. Arnaud Cathrine, préface de l’édition Stock, collection La cosmopolite, 2017.

Cliquez sur l’image pour voir un extrait du supplément.

Publié le par La rédaction NRP
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L’Épreuve de Marivaux en 4e

Publié le par La rédaction NRP

nrpns_janvier17_seq4Les cinéastes et les romanciers contemporains évoquent souvent Marivaux lorsqu’ils parlent d’amour et d’adolescence. La séquence 4e sur la courte pièce L’Épreuve permet de goûter la délicatesse du langage des sentiments au XVIIIe siècle.

Présentation et problématique

• « Je ris parce que je vous récite du Marivaux et que vous n’y voyez que du feu », se réjouit le personnage principal du dernier roman de Camille Laurens, Celle que vous croyez (2015). En effet, la langue de Marivaux dit avec simplicité les élans du cœur : c’est sans doute pour cela que les pièces du dramaturge ont toujours autant de succès aujourd’hui.

• Dans L’Épreuve, pièce en un seul acte, les sentiments sont dits en peu de scènes et peu de mots. Sa forme courte d’une extrême concision permet aux collégiens une entrée directe et aisée. Le langage de l’amour est aussi celui du cœur et du corps que la dramaturgie de Marivaux exploite pleinement, alliant l’intensité dramatique à la légèreté de la comédie.

• À l’âge où l’on peine à se dire et à dire, où la communication est une difficile exposition de soi, L’Épreuve, pièce sur la jeunesse et pour la jeunesse, est l’occasion d’aborder le langage voire les langages de l’amour. Qu’est-ce qu’aimer et être aimé ? Comment être sûr des sentiments de l’autre ?

Choix pédagogiques

• Conformément aux Instructions Officielles, nous avons respecté la proposition d’étude du programme de 4e qui préconise dans l’entrée « Se chercher, se construire » le questionnement « Dire l’amour » pour « comprendre les nuances du sentiment amoureux et quelques-unes des raisons qui ont en font un thème majeur de l’expression littéraire et artistique ».

• Cette séquence prend en compte une variété importante d’approches autour de la pièce de Marivaux, et s’attache particulièrement aux relations entre les échanges sociaux et les échanges amoureux. Il s’agit d’amener les élèves à saisir les enjeux de la comédie du XVIIe siècle qui s’inscrit dans la continuité de Molière tout en renouvelant le genre. L’enseignant peut choisir d’exploiter quelques séances seulement au gré de sa programmation.

• Le mot « épreuve » appartient à une famille aux dérivés nombreux. Ce travail permet une ouverture sur les LCA et peut être mené en collaboration avec le professeur de latin, en particulier s’il s’inscrit dans un EPI.

 

Publié le par La rédaction NRP
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La Cour de Babel : entre les murs d’une classe d’accueil

Publié le par La rédaction NRP

Par Gaëlle Bebin

La Cour de Babel, Julie Bertuccelli

Cinq ans après Entre les murs, un film plonge à nouveau le spectateur dans la vie d’une classe de français dans un collège difficile de l’Est parisien tout au long d’une année : La Cour de Babel de Julie Bertuccelli, au cinéma à partir du 12 mars. Ce documentaire est né d’une rencontre, lors d’un festival de film scolaire, entre la réalisatrice et un professeur en classe d’accueil, Brigitte Cervoni.

Le réalisateur Laurent Cantet avait trouvé son inspiration dans le livre Entre les murs, où François Bégaudeau créait des scènes tirées de son expérience de professeur de français. Le film, remarquable, est une fiction avec d’authentiques élèves et des situations de classe reconstituées, plus vraies que nature. On y voit la solitude du professeur face au groupe en rébellion contre les règles et l’autorité, la lutte épuisante pour tenter d’instaurer le respect, de transmettre la maîtrise de la langue, le goût du mot juste. La Cour de Babel montre un autre aspect de l’école. Très émouvant, ce film suit l’année particulière d’une vingtaine d’élèves de cultures différentes qui viennent d’arriver en France. Inscrits dans une classe qui leur laisse le temps d’améliorer leur français et de s’adapter au collège pour rejoindre ensuite une classe ordinaire, ils apprennent aussi à se connaître, prendre confiance, former de nouvelles racines, réfléchir à ce que sera leur avenir. Les conditions de vie sont pour certains d’entre eux difficiles, et les relations avec les autres élèves du collège sont malaisées. Des tensions s’expriment également dans la classe mais elles s’y apaisent parce que la classe d’accueil est vécue comme une chance plutôt que comme une obligation, parce qu’elle est un lieu de vie et d’échanges autant que d’apprentissage, et que celui du français est pour eux le meilleur moyen de s’intégrer et de réussir.

 

Entretien avec Brigitte Cervoni

G. B. : Dans quel objectif avez-vous autorisé la réalisatrice Julie Bertuccelli à filmer vos cours et vos rencontres avec les parents des élèves pendant une année scolaire ?
B. C. : Je n’aurais pas laissé un journaliste venir quelques jours chercher le sensationnel. Julie a un regard bienveillant, nous avons beaucoup échangé, elle a pris le temps de poser sa caméra en venant deux fois par semaine pendant un an. Ayant fait l’impasse sur les moments d’apprentissage du français écrit, elle n’a pas fait un film pédagogique. On découvre plutôt comment ces élèves réussissent à établir une fraternité. La Cour de Babel montre l’apprentissage de la tolérance, l’importance de la laïcité pour vivre ensemble harmonieusement, l’égalité des chances qu’offre l’école, la résilience aussi – malgré une histoire parfois très difficile, ces jeunes vont de l’avant.

G. B. : Quelles sont les particularités de l’enseignement en classe d’accueil ?
B. C. : Les élèves et leur professeur passent une dizaine d’heures par semaine ensemble. La classe est très hétérogène du fait de la grande différence entre les âges (de 11 à 16 ans), les langues, les cultures, les parcours. Certaines familles sont là parce qu’elles demandent l’asile (fuyant la persécution, le mariage forcé), parce que les parents ont perdu leur travail dans leur pays, ou qu’ils recherchent de bonnes études pour leurs enfants. Ils placent tous leurs espoirs dans le pays d’accueil. Ce qui réunit ces élèves est une grande appréhension en arrivant dans un pays dont ils ne maitrisent pas la langue, et un désir très fort de réussir. C’est sans doute moins le cas des jeunes issus de l’immigration qui ont vu les espoirs de leurs parents déçus.

G. B. : La pédagogie que vous utilisez peut-elle inspirer celle des professeurs en classe ordinaire ?
B. C. : Ce qu’il faut, en classe d’accueil comme en classe ordinaire, c’est mettre en place une vraie différenciation pédagogique pour proposer à chacun ce dont il a besoin – des moments en commun et des travaux par groupes de niveau par rapport à un même thème d’apprentissage. Il faut aussi, partout, valoriser les réussites, en partant de ce qu’ils savent, pas de ce qu’ils ignorent. L’évaluation ne doit pas être vue comme une sanction douloureuse, elle est au service des apprentissages, elle vérifie que l’élève a ou non les compétences. Une mention, comme les félicitations par exemple, devrait prendre en compte moins le niveau atteint que les progrès accomplis.

G. B. : Le cinéma est présent dans votre pédagogie puisque vous faites participer vos élèves à la réalisation d’un film, présenté au festival du cinéma scolaire Ciné-Clap à Chartres. Comment ce projet est-il mené ?
B. C. : Entre collègues (d’école, de lycée professionnel et de collège), nous nous fixons tous les ans une thématique et une contrainte de forme communes. Cette année-là, ce furent la différence et le documentaire. Dans le cadre du dispositif École et Collège au cinéma, nous choisissons un film au programme qui va servir de support à la réflexion. J’organise un brainstorming pour que les élèves trouvent des idées de thèmes à aborder, de scènes à tourner ; nous étudions les types de plans, de cadrages, nous nous interrogeons sur la présence ou pas d’une voix off, de musique, avec quels droits… Les élèves conçoivent le storyboard, une intervenante les aide à filmer, à monter. Le titre de notre film : Élèves d’ici venus d’ailleurs.

Publié le par La rédaction NRP
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Pour un été sur la route au son des guitares électriques…

Publié le par la redaction nrp






Pour bien finir l’année scolaire et bien commencer les vacances, voici une petite sélection de romans rock n’roll pour les ados d’aujourd’hui. Trois livres (et une collection) qui ont retenu notre attention par leurs histoires touchantes et authentiques et leurs styles particulièrement rythmés. Un subtil mélange de divertissement et de réflexion, des histoires de jeunes à la recherche d’eux-mêmes et d’une place dans la société.

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Les médiations en direction des adolescents

Publié le par la redaction nrp

Colloque CPLJLors du colloque du SLPJ de mars dernier, Benoît Virole, Claire Beilin-Bourgeois et Sandrine Reboul-Touré, les trois participants de l’après-midi organisé par la NRP ont discuté des médiations à destination des adolescents, et plus spécifiquement des remédiations scolaires. Tous ont le même objectif, « travailler autrement pour apprendre autrement ». Retour sur les grands points de leur réflexion.

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Évolutions, innovations, conservations ou résolutions : les médiations littéraires en question.

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Colloque CPLJCette année dans le cadre de son colloque annuel le CPLJ a choisi de s’intéresser aux médiations littéraires dans leurs évolutions actuelles. On observe depuis quelques années un profond changement aussi bien du public que de l’art lui-même. Les pratiques et les contextes évoluent et de ce fait les médiateurs doivent s’adapter. La NRP, partenaire de cette édition organisera un débat et une conférence sur les « médiations en direction des adolescents dans le cadre scolaire ». Le colloque se déroulera les 29 et 30 mars prochains à l’espace E.F.C.B à  Montreuil.

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Enfance et adolescence dans « Collège au cinéma »

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Par Gaëlle Bebin

Le personnage de François dans L’enfance nue, image extraite du film

Le personnage de François dans L’enfance nue, image extraite du film

Trois films par an, accompagnés d’un projet pédagogique mené par les enseignants : « Collège au cinéma » donne l’opportunité de voir, de la 6e à la 3e, des films aussi différents que Les Glaneurs et la Glaneuse d’Agnès Varda, Persépolis de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, Mon oncle de Tati, Les Temps modernes de Chaplin… Cette année, quelques nouveaux longs métrages s’ajoutent à ceux qui, parmi la cinquantaine de films programmés, s’attachent à décrire la dureté particulière au monde de l’enfance et de l’adolescence, lorsque le passage à l’âge adulte du personnage principal s’esquisse prématurément à travers une série d’expériences déterminantes.

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Prix NRP Littérature Jeunesse 2010-2011

Publié le par la redaction nrp

Le prix NRP Littérature Jeunesse 2010-2011 suit son cours…
Vous avez été nombreux à répondre notre appel. Le jury est constitué et les livres sont arrivés des éditeurs. Cette année l’histoire et la vie des adolescents sont à l’honneur, la sélection nous promet aventures et émotions. Lire la suite

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