Pierre Banos, directeur des Editions Théâtrales

Publié le par la redaction nrp

Pierre BANOS, directeur des Editions Théâtrales

 

 

Notre numéro de mai-juin 2011 est consacré au théâtre. C’est l’occasion de présenter les Éditions Théâtrales. Son directeur, Pierre Banos, a  répondu à nos questions.

 

 

NRP : Quand et autour de quel projet éditorial les Éditions Théâtrales sont-elles nées ?

Pierre Banos : Théâtrales fut d’abord une collection chez Edilig (Ligue de l’enseignement), créée par Jean-Pierre Engelbach en 1981. Puis la maison est devenue indépendante à partir de 1988. Nous célébrons cette année les 30 ans du catalogue. Dès ses débuts et toujours aujourd’hui, Théâtrales défend et publie un théâtre contemporain aux qualités littéraires, affranchi de l’actualité scénique, mais doté d’une théâtralité forte. Un théâtre d’art pour tous les amateurs de théâtre, metteurs en scène ou acteurs professionnels, compagnies amateurs ou lecteurs… Nous publions des auteurs d’expression française et de nombreuses dramaturgies étrangères en traduction. Enfin, nous proposons une collection en direction des enfants et des adolescents, « Théâtrales Jeunesse », ainsi que des traductions nouvelles de classiques du répertoire mondial et des essais sur les arts du spectacle.

NRP : En quoi ce projet fait-il de votre maison un acteur à part dans le paysage de l’édition théâtrale ?

PB : Nous sommes les plus radicaux dans la défense de la potentialité de la lecture du texte théâtral en publiant avant tout projet scénique : nous croyons à la littérature dramatique. Notre credo est : « le théâtre, ça se lit aussi » et « depuis 30 ans au service du texte de théâtre ». De plus, notre catalogue se démarque par son éclectisme formel et une volonté de toujours lier les dimensions poétique et politique.

NRP : Vous venez de reprendre la direction de la maison après une longue collaboration avec son fondateur : envisagez-vous d’infléchir la ligne éditoriale ?

PB :Dans ma thèse consacrée au secteur de l’édition de théâtre, j’ai pu, en quelque sorte, théoriser la ligne éditoriale que son fondateur a forgée de façon instinctive. Puis j’ai participé à sa continuation et aujourd’hui, avec une équipe professionnelle et engagée de quatre jeunes femmes, je souhaite m’inscrire dans un double mouvement de continuité (poursuite des choix littéraires, du travail d’accompagnement des auteurs et de découverte de nouveaux dramaturges…) et de renouvellement (ancrer, aux côtés des auteurs déjà publiés, une nouvelle génération qui écrit le théâtre d’aujourd’hui et de demain…).

NRP : Quels sont vos projets pour les années prochaines ?

PB : Le premier est de continuer à construire la pérennité économique et artistique de la maison en la développant, en nouant des partenariats tout en renforçant son indépendance, mère de sa radicalité. Un éditeur marche sur ses deux jambes si, aux côtés des choix opérés, la structure a le souci constant de la diffusion. En termes éditoriaux, je souhaite créer une collection nouvelle pour accueillir des formes inclassables, en posant la question de l’objet livre et de sa dématérialisation. Sur ce sujet, les éditions Théâtrales ont lancé en 2008 la première collection de théâtre numérisée en participant au projet Gallica 2 mené par la BNF. Étant convaincus des importantes possibilités du texte théâtral dans cette nouvelle ère numérique, après ce premier pas, nous travaillons à la deuxième étape, le livre numérique de théâtre, tout en sensibilisant les auteurs à la troisième, l’œuvre théâtrale numérique pour laquelle il faudra inventer des formes, des formats, un lieu d’accueil. Car il s’agit pour un éditeur de préparer cela pour ne pas subir l’évolution mais de tenter de la contrôler dans un rôle de médiateur aux côtés des créateurs.

NRP : Quelle est votre conception de l’édition de théâtre pour la jeunesse ?

PB : La collection « Théâtrales Jeunesse » créée en 2001 par Françoise du Chaxel, auteure, maintient la même exigence qualitative forte de la maison, pour ne pas proposer un ghetto éditorial, mais une collection ouverte, diverse dans ses formes comme dans ses thèmes, qui concerne aussi bien les jeunes lecteurs, acteurs et spectateurs que leurs enseignants ou animateurs. Quand les choix s’opèrent sur nos six nouveautés annuelles avec la directrice de collection, je suis dans le même état d’esprit que lorsque nous publions du théâtre « tout public ». Nous nous plaçons dans la « littérature jeunesse » et n’enfermons pas la collection dans une vision univoque d’une « littérature en costumes » pour reprendre un mot d’Ariane Mnouchkine. Publier Suzanne Lebeau, Bruno Castan ou Françoise Pillet, pour les auteurs plus anciens, aux côtés de Stéphane Jaubertie, Karin Serres ou Dominique Richard le démontre assurément. Soyez attentifs à l’automne 2011 où les dix ans de la collection ménageront quelques surprises.

NRP : Quels titres récents vous semblent emblématiques de votre démarche ?

PB : La collection compte aujourd’hui 56 titres, mais je prendrai 4 idées force :

  • Faire confiance aux jeunes lecteurs sur des formes et des thèmes exigeants : Cent culottes et sans papiers de Sylvain Levey est un poème dramatique fragmenté qui, par le prisme des vêtements oubliés à l’école, dresse une histoire politique de la France d’hier et d’aujourd’hui (prix Collidram de littérature dramatique des collégiens 2011, organisé par Postures) ;
  • Ne pas hésiter à lier volontés poétique et politique : La Terre qui ne voulait plus tourner de Françoise du Chaxel travaille un théâtre protéiforme (chœur, dialogue, adresse…) pour un message d’aujourd’hui autour des questions environnementales ;
  • Publier des textes non destinés initialement aux « enfants », mais qui nous semblent accessibles par ce qu’ils véhiculent : Au pont de Pope Lick de l’Américaine Naomi Wallace (traduit par Dominique Hollier) usant du détour historique de la crise de 1929 pour parler de nous ;
  • Proposer des œuvres « jouables » par les plus jeunes : avec la Compagnie du Réfectoire de Bordeaux, nous publions dans Si j’étais grand des textes créés avec les jeunes.

NRP : Comment travaillez-vous pour être au plus près des enseignants ? Vous faire connaître d’eux et comprendre leurs attentes ?

PB : Si nous sommes convaincus de l’apport du théâtre dans la construction intellectuelle et culturelle de l’enfant, dans l’apprentissage de la lecture et dans sa potentialité d’expression, notre objectif n’est pas de devenir un éditeur pédagogique, au contraire. En publiant des textes de qualité, écrits par des auteurs n’obéissant ni aux modes formelles ni aux injonctions thématiques de l’enfance, nous ne cherchons pas à répondre aux « attentes des enseignants », mais bien à les surprendre, à nous adresser à leurs intellect et sensibilité. Bien souvent, les enfants n’ont pas nos préventions d’adultes sur la lecture des textes de théâtre contemporain. Nous visons à convaincre les enseignants de faire confiance aux textes : les échos reçus sur le travail en classe de ces œuvres montrent combien la collection se révèle être une malle inépuisable de pépites à lire, à oraliser, à mettre dans un espace scénique quel qu’il soit… Certains de nos textes ont été repérés dans la liste incitative du ministère de l’Éducation dès 2002, mais tous me paraissent intéressants dans ce cadre.

NRP : Pouvez-vous expliquer la démarche des carnets artistiques et pédagogiques et leur mode de diffusion ?

PB : Lancés au printemps 2010 (grâce au soutien de la région Île-de-France), nos carnets artistiques et pédagogiques sont consultables, téléchargeables et imprimables gratuitement depuis www.tjeu.fr. Nous sommes partis du double constat du manque d’outils pour travailler cette matière textuelle et de notre volonté de préserver le livre en tant qu’espace esthétique, alors qu’Internet ouvre des potentialités fortes. Comme nous défendons (avec l’ANRAT notamment) le partenariat artistique, nous confions la rédaction de ces carnets (15 sont en ligne et nous équipons progressivement tous les titres) à des enseignants (des pistes pour explorer les textes, pour les mettre en voix et en scène, mais aussi des éléments justifiant l’insertion possible du travail sur ces textes dans le cadre programmatique des apprentissages fondamentaux ou de l’histoire des arts…) en lien avec les auteurs et les compagnies qui proposent une matière passionnante (brouillons de textes, questionnaires proustiens, croquis, photos de spectacles…). Les premiers échos nous confirment que nous proposons avec ces carnets des outils efficaces car de haute qualité par les exercices proposés (pas du prémâché mais de l’espace pour les enseignants et leurs classes) et une porte d’entrée rare dans l’atelier des écrivains. C’est un gros chantier pour une maison de 5 personnes, et nous développerons à l’avenir d’autres fonctionnalités comme un forum à partir duquel les classes échangeront avec les auteurs. Mais nous défendons là, aux côtés de notre mission première de publication, celle passionnante de la transmission.

 

Publié le par la redaction nrp

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *