Photoromans

Publié le par la redaction nrp

Par Gaëlle Bebin

Couverture "Qui vive ?" Jean-Philippe Blondel, Florence LebertDans la collection Photoroman aux éditions Thierry Magnier, particulièrement adaptée aux lecteurs adolescents, les photos inspirent et accompagnent la fiction ; elles ne l’illustrent pas. À chaque fois, un auteur se voit proposer une série de photographies d’un artiste contemporain dont il ne sait rien. À partir de ces images – reproduites dans le livre –, il élabore un récit.

Le photographe Gérard Rondeau s’est intéressé aux montages et aux coulisses des expositions. Ce sont des scènes insolites, de transition, où les œuvres sont déplacées, accrochées, emballées. Cathy Ytak, dans Il se peut qu’on s’évade (2011), a imaginé à partir de ces photos l’interrogatoire d’un gardien de musée solitaire, obsédé par le silence, à qui on présente successivement toutes ces images pour lui faire avouer ce qu’il a commis.

Dans Qui vive ? (2010) de Jean-Philippe Blondel sur les photographies de Florence Lebert, le narrateur est un lycéen. D’énigmatiques photos, adressées à son père, arrivent de loin par la poste, une par une. Elles rapprochent les deux personnages, qui cherchent à comprendre qui les envoie, et d’où. Le père est alors amené à raconter à son fils un moment très important de sa propre jeunesse. Le récit dans le récit est donc lui aussi déclenché par les photographies d’un(e) inconnu(e)… L’auteur reproduit ainsi, en quelque sorte, la manière dont ces mêmes images l’ont d’abord troublé puis inspiré.

En plein dans la nuit (2011) est l’histoire d’un collégien. Après une bagarre humiliante en plein cours de français, Julien s’enfuit dans la forêt, armé, avec son ancien meilleur ami, Chen. Deux sources d’inspiration irriguent ce texte de Hélène Gaudy : la série de photographies de Bertrand Desprez (d’étranges animaux artificiels dans des espaces naturels ou urbains : masques, jouets, éléments décoratifs…) et La Légende de saint Julien l’Hospitalier, lue à haute voix en classe, au début. Couverture "En plein dans la nuit" Hélène Gaudy, Bertrand Desprez Dans le récit de Flaubert, le héros traverse lui aussi les forêts et chasse les animaux avant d’être victime de sa propre violence. L’animal, dans En plein dans la nuit, est essentiellement présent à travers des métaphores et des comparaisons, mais aussi l’évocation d’un souvenir d’enfance, et la fête masquée dans laquelle s’introduisent Julien et Chen à la fin de leur parcours initiatique. L’animalité, selon l’auteur, est également associée à cet âge particulier, l’adolescence, où on ne reconnaît pas toujours son propre corps. Hélène Gaudy a participé pendant l’année scolaire 2010-2011 au plan départemental de Seine-Saint-Denis « La Culture et l’Art au Collège » en travaillant avec une classe du collège Les Mousseaux de Villepinte. Elle rapporte cette expérience dans son blog.

Flaubert, à travers des extraits de sa Correspondance, est aussi très présent dans Les Giètes (2007) de Fabrice Vigne ; les giètes, écrit ce dernier, « ce sont ces jours en surplus, ces jours qu’on peut arrêter de compter, il n’y a plus qu’à attendre ce qui aurait déjà dû arriver ». Il raconte le simple défilé des journées d’un vieil homme en maison de retraite. Les fileuses, antiques divinités de la destinée (Clotho, Lachésis et Atropos), sont discrètement présentes sous la forme de trois femmes qui tricotent, mesdames Cloteaud, Lachaise et Hatropoz… Rien d’extraordinaire n’arrivera à ce personnage dans ces pages, sinon réussir à supporter le quotidien, apprivoiser un peu la vieillesse, puiser de la force dans les rapports humains qui peuvent paraître les plus simples – faire connaissance avec sa voisine, discuter avec son petit-fils. Celui-ci est photographe. Il est, dans la fiction, l’auteur des photos du livre, qui ne représentent pas de visage mais des lieux et des objets habités, ceux d’une vieille dame russe. Fabrice Vigne écrit avec humour qu’il s’est « efforcé au fil de ce roman d’aborder systématiquement tous les centres d’intérêt des ados d’aujourd’hui : la vie quotidienne dans les maisons de retraite, la religion orthodoxe, le patois matheysin, l’histoire politique française, l’immigration russe, l’ictus répétitif post-traumatique, la correspondance de Gustave Flaubert, les morts célèbres du mois de février 2006, le changement d’heure biannuel, le cancer de la gorge, le mausolée de Lénine, le Scrabble, le crépuscule des idées révolutionnaires, et la fonction funéraire que renferme ontologiquement, d’un point de vue anthropologique, toute image (du latin imago : représentation, portrait, fantôme) ». L’auteur participe à l’opération « À l’école des écrivains. Des mots partagés » qui s’adresse à des collégiens des réseaux ambition réussite. Il mène cette année trois séances avec une classe du collège de Lubersac, en Corrèze.

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