Paysage idéal, paysage mental au Grand Palais

Publié le par la redaction nrp

Par Gaëlle Bebin

 

 

 

Annibal Carrache, Paysage fluvial, vers 1590© National Gallery of Art, Washington

 

 

 

Paysages de rêve et paysages du rêve… De Nature et idéal : le paysage à Rome 1600-1650 à Odilon Redon, il n’y a qu’un pas. Les deux expositions se trouvent au Grand Palais à Paris. La première nous ramène aux origines du genre à l’âge classique, au moment où le paysage était idéalisé, la seconde nous fait pénétrer dans les espaces mentaux du « prince du rêve » symboliste.

Longtemps réduit aux arrière-plans, le paysage commence à prendre tout l’espace du tableau à partir du XVIIe siècle. Très attirés par l’Antiquité, les peintres trouvent dans les ruines romaines le décor adapté aux scènes mythologiques ou religieuses caractéristiques du grand genre, la peinture d’histoire. Idéalisé, le paysage sert d’écrin harmonieux aux nobles actions humaines, mais pas seulement : il semble leur inspirer cette grandeur, et il deviendra bientôt un genre pictural à part entière. Les figures édifiantes d’ermites sont placées dans une nature qui favorise la méditation.

 

 

 

Nicolas Poussin, Paysage avec saint Paul ermite, vers 1637

 

 

 

 

 

Au premier plan, bien visibles, des vaches et des pêcheurs. Déjà dans Paysage avec la fuite en Egypte du Dominiquin, la Sainte Famille n’occupait qu’un coin du tableau… On pense à La Chute d’Icare de Pierre Bruegel l’Ancien, où la mort du héros mythologique, non remarquée par le laboureur, n’est qu’un détail dans le paysage.

Sans véritable précision topographique, le paysage est recomposé dans l’atelier à partir d’éléments esquissés sur le motif – on ne peint pas encore en plein air. Savante construction de l’imaginaire, il relève parfois du « caprice architectural » : le peintre ajoute la mer près du temple de la Sibylle à Tivoli, ou déplace les monuments du Capitole au bord de l’eau, ce que fait Claude le Lorrain dans sa Vue d’un port avec le Capitole

Lieu de contemplation, de métamorphose, de réflexion sur l’impermanence des êtres, le paysage va ensuite, deux siècles plus tard, devenir tout à fait intérieur. Odilon Redon nous donne accès à ses visions.

 

 

 

 

Odilon Redon, Le Bouddha (vers 1905)© Rmn-Grand Palais / Hervé Lewandowski

 

 

 

Dans ses œuvres, les figures humaines ont souvent les yeux clos, et l’œil, unique et énorme, est au centre de la composition. L’oeil-ballon s’élève au-dessus de la mer, « fleurs de rêve » et « faune imaginaire » ­­­­­­­­– notamment l’araignée souriant de toutes ses dents – peuplent ses fantasmagories. Le paysage est le décor du songe, où le végétal est associé à l’humain (La Feur du marécage, une tête humaine et triste), lui-même indissociable de l’animal.

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