Monumenta dansé

Publié le par la redaction nrp

Par Gaëlle Bebin

© Gaëlle Bebin

Après celle d’Anselm Kiefer, Richard Serra et Christian Boltanski, l’œuvre monumentale d’Anish Kapoor est exposée jusqu’au 23 juin 2011 dans la Nef du Grand Palais, avant une installation de Daniel Buren prévue dans un an. La visite menée par des médiateurs est conçue pour « voir avec son corps », et peut même être associée à un atelier danse.

Cette approche sensible du travail de l’artiste britannique d’origine indienne Anish Kapoor, proposée au niveau collège et lycée, est une manière privilégiée de percevoir la puissance des couleurs et des formes. Depuis plus de vingt ans, l’artiste met le visiteur face à des objets énigmatiques qu’il n’a pas façonnés de sa main, où la matière semble s’être engendrée elle-même. Marqué par les pigments colorés des rituels indiens, évoqués dans dans White Sand, Red Millet, Many Flowers , Kapoor invite à la contemplation. Nous sommes immergés dans la couleur pure, le jaune de Yellow,le rouge de My Red Homeland ou de Marsyas,

nom du satyre musicien écorché vif pour avoir défié Apollon. La conception de l’œuvre monumentale est centrée sur le rapport à l’espace qu’elle modifie, en particulier lorsque sa surface est concave et réfléchissante, comme C-Curve.

Un documentaire, Le monde selon Anish Kapoor, sera diffusé lundi 6 juin à 23h25 sur Arte et sera ensuite disponible en DVD. Le film nous emmène sur les traces de ses œuvres, de Chicago à l’Inde, jusqu’à l’installation de Léviathan au Grand Palais. Nous pénétrons dans l’atelier londonien de l’artiste, « un lieu où se déroule un processus de pensée expérimental qui s’incarne dans des objets ». Ceux-ci font entrer le spectateur dans leur magnétisme, créent un nouvel espace et une nouvelle temporalité. Lorsque l’objet est beau et sa finition parfaite, dit Kapoor, on se met à regarder son espace, et il devient un objet philosophique.

Intérieur de Léviathan © Gaëlle Bebin

Intérieur de Léviathan

« Ce que je veux, c’est que l’expérience de l’oeuvre soit un monochrome total. Inonder le visiteur avec la couleur », a-t-il au sujet de Léviathan, la structure créée pour Monumenta. À l’occasion de la visite, on pourra réfléchir avec les médiateurs sur le monochrome à partir de Malevitch, Carré blanc sur fond blanc (1918), de Klein, Monochrome bleu (1960), de Soulages, Peinture (1979), et Alphonse Allais avec le titre Récolte de la tomate sur le bord de la mer Rouge par des cardinaux apoplectiques (1882)… « Je pense que le rouge crée des ténèbres beaucoup plus sombres, psychologiquement et physiquement, que le noir ou le bleu », a précisé Anish Kapoor. Au Grand Palais, nous sommes d’abord aspirés à l’intérieur d’une sorte de membrane matricielle.

Le carnet de croquis distribué permet aussi bien de dessiner le détail des contours et des nervures de différents points de vue que d’essayer d’imaginer la forme de l’ensemble à l’extérieur. Mais, une fois sorti, il est impossible de l’appréhender dans son intégralité, elle nous dépasse. Poser l’oreille sur la surface donne l’impression d’entendre le bruit des organes de Léviathan, dont le nom est celui du monstre marin de la Bible mais aussi le titre de l’ouvrage philosophique de Hobbes, qui évoque un État tout-puissant.

Un atelier architecture peut être proposé à l’issue de la visite. C’est l’occasion d’expérimenter avec des objets géométriques creux la démarche consistant à insérer une œuvre dans un lieu à partir de ses contraintes (élaborer une œuvre à l’intérieur d’un cylindre ou d’un cône par exemple), ou, à l’inverse, à développer la forme initiale en l’associant à d’autres pour qu’elle devienne elle-même un nouveau lieu. Anish Kapoor a tenu compte des caractéristiques de l’immense nef vitrée en créant à l’intérieur de cet espace vide un autre espace vide, gonflable, dont la forme arrondie épouse les arcades et dont la matière réfléchit et filtre la lumière.

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