Maupassant plus angoissant que « Hunger Games » ? Réagissez sur le forum de la NRP

Publié le par la redaction nrp

Édith Wolf, enseignante au lycée Jean-Baptiste Say, Paris

Toutes les questions posées sur l’accessibilité des œuvres, nous avons dû un jour leur trouver des réponses. Et parfois nous avouer que nous avions préjugé des capacités des élèves à comprendre ou à apprécier des ouvrages complexes ou trop adultes. Alors nous nous sommes remis en question, ce qu’on nous accuse constamment de ne pas faire et que l’on fait si bien pour nous, et nous avons renoncé à une œuvre.
Jeune professeur, j’ai abandonné le Père Goriot en 3e. Mais il ne m’est arrivé qu’une fois, en 25 ans d’enseignement en 4e, de devoir le faire pour un récit fantastique : il s’agissait de Dracula de Bram Stoker, dont une mère m’a assuré que son fils ne supportait pas la lecture (ce qui m’a beaucoup surprise en pleine vague Twilight…).

Pour les œuvres de l’inquiétude (les récits de Maupassant, d’Edgar Poe, de Théophile Gautier, de Gogol, de Mérimée, de Dino Buzzati…) je n’ai jamais eu de telles réactions. Bien au contraire, cet aspect du programme a toujours connu un grand succès auprès des élèves.

Au-delà des explications simples (textes courts et peu descriptifs en général, parfois traduits donc écrits dans une langue contemporaine, ménageant souvent un suspens), j’y vois des raisons de fond. Les récits de fantasy et les contes proposent un univers adapté à l’enfance. Et les élèves de 4e perçoivent l’invitation à entrer dans les œuvres de l’étrangeté comme une proposition d’accéder à une nouvelle manière de lire, de penser, et d’être considérés.

Ils passent d’une lecture qui comble à une lecture qui signale l’absence et installe une énigme. Ils sont mis devant des textes qu’il est nécessaire de questionner. En un mot, ils accèdent à la littérature.

Bien sûr, ils ne peuvent seuls entreprendre cette démarche. Et le rôle du professeur est de les rendre capables de la mener à bien. Les élèves ont pour y parvenir l’analyse en classe, les préparations écrites, les échanges dans les cours, les travaux d’expression écrite.
C’est tout ce travail qui permettra à des questions comme l’identité, l’unicité du moi, les limites entre la vie et la mort, entre la raison et la folie, de devenir des sujets de discours et non des angoisses diffuses.
Je n’y mettrai qu’une restriction, qui touche à ce qui concerne la sexualité. Thème de l’intime, il ne saurait sans intrusion faire l’objet d’un discours commun. C’est pourquoi j’évite certains textes d’Edgar Poe par exemple. Mais sans m’interdire de faire lire des récits tels que Véra de Villiers de l’Isle Adam, qu’il est possible de comprendre sans en expliciter la dimension sexuelle.
Alors fermer le livre, choisir, pourquoi pas ? Mais questionner, réfléchir, écouter, écrire, oui, assurément.

Si, vous aussi, vous souhaitez donner votre point de vue sur ce sujet, partager votre expérience, cela sera possible prochainement grâce au Forum NRP.  L’inscription y est gratuite.
Le Forum NRP, c’est un lieu d’échanges et de débats fait pour vous : vous pourrez y parler des sujets qui vous tiennent à cœur, des questions d’éducation et d’ enseignement du français, de lectures… Parce que la NRP, c’est plus qu’une revue…

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