L’image assemblage

Publié le par la redaction nrp

Exposition Michal Batory 1 © Gaëlle Bebin

Entretien avec Michal Batory

Gaëlle Bebin – Que souhaitez-vous montrer à travers l’exposition de votre travail d’affichiste, en particulier à de jeunes visiteurs ?
Michal Batory – D’abord, qu’on peut parler de création à partir de choses très simples, par exemple avec ces instruments de musique faits entièrement d’éléments organiques, fleur et feuilles. Une de mes affiches est même une photographie d’épluchures de pommes de terre. Pour illustrer un spectacle, je ne montre pas l’action, je mets en action l’imagination de celui qui regarde. Je considère que c’est une action pédagogique importante de faire en sorte que le regard ne soit pas pollué par de mauvaises images, qui sont au premier degré. La métaphore est au centre de mon travail. Le message est toujours indirect, à décoder, c’est un jeu. Et l’image est ouverte, elle ne dit pas tout, il n’y a pas une seule manière de la comprendre.

Gaëlle Bebin – Quelles sont les images qui vous ont formé ?
Michal Batory – Celles des surréalistes, en particulier Magritte, qui associait deux objets en un. J’ai appris mon métier en Pologne ; c’est là qu’est née l’affiche contemporaine, dans les années 60 et 70. Un moment où, à cause de la censure, il fallait coder les messages visuels, dire une chose à travers une autre… Les constructivistes nous ont beaucoup influencés, comme Rodtchenko, un maître du photomontage. Et j’aime beaucoup ce que font des artistes contemporains comme Mona Hatoum, Rebecca Horn et Bill Viola. Mais tout ce qui m’entoure est susceptible de m’inspirer.

Gaëlle Bebin – Racontez-nous les secrets de quelques-unes de vos images…
Michal Batory – Un secret, c’est l’idée que j’ai eue pour l’affiche de La Surprise de l’amour de Marivaux. Un sac ancien, en métal, dans lequel on peut cacher des messages d’amour, et qui fait apparaître un visage. Pour Oh les beaux jours de Beckett, ce sont les objets qu’on peut trouver à l’intérieur d’un sac de femme qui dessinent un peu à la façon pop art les contours du visage de l’actrice, Fiona Shaw, qui jouait Winnie. J’ai travaillé à partir de Daumier pour l’affiche d’Un Chapeau de paille d’Italie, parce que c’était l’idée du metteur en scène dans son spectacle. J’ai sculpté une tête dans une poire – très vite, parce que le fruit noircit ! – à l’image de Louis-Philippe caricaturé à l’époque de Labiche. Ce chapeau se mange, comme dans le texte… Mes images peuvent aussi circuler d’une pièce à l’autre. Pour Juliette et Roméo d’Irina Brook d’après Shakespeare, j’avais créé l’affiche des deux visages dans l’oreiller. Réunis comme pour l’éternité, ils semblent recouverts d’un linceul. Mais ça ne convenait pas pour ce spectacle de breakdance. J’en ai alors imaginé une autre plus adaptée, celle du cœur fait avec des lacets de toutes les couleurs. Mon affiche des amants dans l’oreiller a, elle, été acceptée pour un autre spectacle, Léonce et Léna de Büchner. Puis les éditions Librio ont repris certaines de mes affiches pour en faire la couverture de livres, et mon image a finalement retrouvé la pièce pour laquelle je l’avais créée au départ

Les correspondances entre l’humain, le végétal, l’animal et l’objet se déclinent à l’infini dans les affiches de Michal Batory, qui se trouvent jusqu’au 30 avril 2011 aux Arts Décoratifs.

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