L’image assemblage

Publié le par la redaction nrp

Par Gaëlle Bebin

Exposition Michal Batory 3 © Gaëlle Bebin« Et comme un oeil naissant couvert par ses paupières,
Un pur esprit s’accroît sous l’écorce des pierres ! »

Nerval, à la fin de Vers dorés, évoque un monde où toute matière est sensible. Les surréalistes, avec la libre association des mots et des images, ont plus tard démultiplié les potentielles métamorphoses des objets. Prévert s’en est inspiré pour créer ses collages, faisant apparaître des êtres étranges dans les murs photographiés par Brassaï. Les « photos détournées » par le poète sont à voir à la Maison Européenne de la Photographie à Paris pendant que, non loin de là, le musée des Arts Décoratifs consacre une exposition à Michal Batory, dont les affiches créent elles aussi un univers de métaphores inédites.

Cet affichiste talentueux fait remarquer que son métier disparaît, puisque ce sont le plus souvent des agences de communication qui livrent rapidement les visuels publicitaires annonçant spectacles, concerts, expositions. On ne peut que le regretter lorsque l’on regarde les affiches qu’il a créées pour le théâtre national de Chaillot, l’Ircam ou le Centre des arts d’Enghien-les-Bains. Le travail de Michal Batory, lorsqu’il reçoit une commande d’une institution culturelle, consiste d’abord à réfléchir sur l’œuvre ou la programmation, en parler avec les artistes, dessiner des formes, manipuler des objets, puis photographier et faire le montage sur ordinateur. L’image finale, et sa justesse, n’arrive qu’au bout d’un véritable processus de création qui opère le rapprochement inattendu de réalités éloignées.

C’est ce travail qui permet d’obtenir une bouche féminine superposée à une feuille de laurier, attribut des vainqueurs romains (affiche de Bérénice de Racine),ou l’image des ciseaux prolongés par des jambes (pour Vestis,où le costume était cousu pendant le spectacle sur la danseuse). Pour Falstafe, pièce de Novarina d’après Shakespeare, Michal Batory a fabriqué une couronne surmontée de verres à pied remplis de vin, et cet objet composite suffit à évoquer les années de débauche du futur Henri V. On retrouve souvent les objets les plus banals dans ses créations, comme une nappe de papier déchirée et griffonnée pour annoncer la très populaire Fête de la musique. Les éléments du quotidien apportent aussi une dimension nettement décalée, en particulier dans la série composée pour les saisons de musique contemporaine à l’Ircam. Un diapason se termine par des cotons-tiges, et l’humour suscite une connivence avec le public. Une image comme celle du poisson aux écailles de circuits électroniques joue sur le nom même, Bains Numériques, du festival qu’elle illustre. Parfois, aucun trucage sophistiqué n’est nécessaire pour provoquer l’association d’idées. L’affichiste voit dans l’objet une forme, et il la photographie. Un sac plastique éclairé et deux morceaux de scotch révèlent une tête (Tamerlan le Grand de Marlowe) et un simple bout de bois est une silhouette humaine élancée (« Nature vive » au Jardin des Plantes).

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