L’écriture de soi

Par Edith Wolf

Quatre pistes pour une année

On peut organiser l’année en quatre phases dont chacune permettra d’aborder l’écriture depuis une de ses sources. Ces catégories fournissent une typologie commode et n’ont aucune prétention d’explication.
Le point de départ pourra donc être :
– la vie, l’écriture de soi ;
– un appel à l’imaginaire ;
– un élément de la situation réelle (lieu, époque de l’année, date, paysage extérieur, objets) ;
– la langue (jeux sur les mots les tournures, la ponctuation, les figures de styles…).

L’écriture de soi, les origines

Écrire sur son prénom

– Récit, dialogue, texte explicatif à propos de l’origine de son prénom
On n’est nullement obligé de révéler la vérité, on a toute latitude pour inventer ou mêler réalité et fiction (un élève a imaginé que son prénom lui avait été donné par Jim Morrison !). Si l’on invente, on peut imiter le système donné pour expliquer le nom de Tristan dans la fiche élève.
– J’aime ou je n’aime pas mon prénom parce que…
– Le prénom désiré / le prénom redouté.
– Des prénoms à adopter, en choisir un et écrire pourquoi (on ne dira pas au début que les prénoms féminins de la liste sont ceux des Muses, et les prénoms masculins ceux de héros nordiques, celtes et amérindiens).
– Acrostiche avec son prénom.
Certains textes écrits à partir des consignes précédentes peuvent être présentés sous forme d’acrostiches. Les retours sont à mener rapidement. On pourra faire classer les textes produits selon les types de discours : narratif, descriptif, explicatif, repérer dialogues, autoportraits et éloges, relever les jeux sur les sons. Pour les prénoms adoptés, on les fera d’abord prononcer pour jouer avec les sonorités.

Écrire sa généalogie

Pour chacune des deux consignes, on demande aux élèves, lors de la séance précédente, de faire une généalogie sur deux ou trois générations, avec noms, prénoms, métiers, lieux d’implantation, histoire familiale. On précise que l’on ne lira pas ce document qui servira de base de départ. Pour les retours, insister sur les effets liés aux formes proposées et à la tonalité. Même pour la consigne 2, la forme poétique surgit souvent, à cause du système de la liste, et on peut en suggérer une accentuation. Les auditeurs devront deviner quel est le personnage inventé.

Consigne 1 : On lit à haute voix l’extrait d’Exil de Saint-John Perse (Gallimard, 1942). Le texte est difficile, et ne sera pas compris dans le détail, il suffit que le souffle dû à l’emploi de l’anaphore et du verset soit ressenti.
Consigne : On demande de remplacer dans la généalogie apportée les noms par des groupes nominaux commençant par celui ou celle qui, et d’écrire un texte de célébration. On ajoute qu’il faut introduire dans la généalogie un personnage inventé, que les auditeurs devront repérer.

« […] celui qui vague, avec les gens de peu, sur les chantiers et sur les cales désertées par la foule, après le lancement d’une grande coque de trois ans ; […] Celui qui ouvre un compte en banque pour les recherches de l’esprit ; celui qui entre au cirque de son oeuvre nouvelle dans une très grande animation de l’être, et, de trois jours, nul n’a regard sur son silence que sa mère, nul n’a l’accès de sa chambre que la plus vieille des servantes ; celui qui mène aux sources sa monture sans y boire lui même ; celui qui rêve, aux selleries, d’un parfum plus ardent que celui de la cire […] »

Texte d’élève (Yassine)

« Celui qui tente l’impossible, en ces années-là, toutes mystérieuses et pleines de secrets, ose y réfléchir sans contraintes, espérant les percer d’une quelconque manière ;
Celui qui trime, travaillant avec acharnement pour résister et contrer la descente infernale de l’endettement, évitant de commettre l’Erreur ;
Celui qui aide sans être aidé, isolé du reste de la vie, se recluant sur lui-même ;
Celui qui s’isole pour mieux s’élever ;
Celui qui aime, enrôlé par le cycle infernal qui le rejette.
Ne sachant que faire. Ne faisant rien. »

Consigne 2 : On examine l’extrait d’Hésiode, et on analyse la composition des expansions du nom qui suivent les noms propres, appositions, compléments de détermination, épithètes, propositions relatives. On remarque le niveau
soutenu de l’épique et la cohérence lexicale. On fait noter des mots à conserver : engendrer, naître, enfanter, mettre au monde, des constructions inhabituelles : « Au commencement donc fut… ». On étudie le développement sur Cottos, Briarée, Gyas, et on y relève des tournures comme : « race orgueilleuse », « cent invincibles bras ».
Consigne : écrire une généalogie. Il faut caractériser chaque personnage par des expansions du nom et le situer dans la lignée. On peut commencer par : « Avant tout fut (ou furent) », on utilise engendrer, naître, enfanter, mettre au monde.
On doit commencer une phrase ou une ligne par « Ceux-là » ou « celui / celle-là », et une autre par « Et… était ». On introduit un personnage fictif à faire repérer par les auditeurs.

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