Le Fantôme de Karl Marx

Publié le par la redaction nrp

Couverture le Fantôme de Karl Marx Le Fantôme de Kark Marx, de Ronan de Calan, illustré par Donatien Mary, Les Petits Platons.

La maison d’édition « Les petits Platons », publie des ouvrages illustrés sur des pensées philosophiques pour les jeunes à partir de 10 ans (mais comme les Tintin, ils peuvent être lus de 7 à 77 ans). Après Ricoeur, Kant, Socrate et Lao-Tseu, vient de paraître un Karl Marx. L’entreprise pouvait paraître risquée. Et pourtant, en une bonne cinquantaine de pages, les fondements d’une pensée économique et politique sont donnés à comprendre, simplement et sans tabous.
L’auteur, Ronan de Calan, maître de conférences en philosophie à l’université de Paris-I a répondu à nos questions.

Propos recueillis par Yun Sun Limet

NRP – Quelles ont été les étapes d’écriture de ce texte ? Comment passe-t-on d’une œuvre philosophique à ce récit pour la jeunesse ?
Ronan de Calan – J’ai d’abord sélectionné dans l’œuvre de Marx un corpus qui me paraissait pertinent pour les élèves. Tout d’abord le Manifeste du parti communiste et ensuite le premier chapitre du premier livre du Capital. Curieusement, ces deux textes sont, en classe de philosophie de lycée, très peu présentés. On leur préfère des œuvres de jeunesse de Marx, sur Hegel, par exemple, alors même que Marx n’attachait pas d’importance à ces écrits. En revanche ces deux textes que j’ai choisis ont été publiés de son vivant et étaient importants à ses yeux. Le Manifeste du parti communiste commence par décrire la naissance du capitalisme. Et le premier chapitre du premier livre du Capital constitue une critique de la science économique de son temps. C’est donc l’angle économique qu’il m’a intéressé de travailler. Ensuite, j’ai tâché de transmettre les notions à travers un récit, une histoire, en mêlant des éléments biographiques de la vie de Marx et un travail de fiction.

NRP – Il y a un point de départ dans la vie de Marx, à l’origine de sa pensée.
R. de C. – Oui, c’est la révolte des tisserands silésiens à domicile, autour de 1843. La concurrence des tissus fabriqués mécaniquement en usine les avaient tous obligés à délaisser leur statut d’artisan pour venir grossir les rangs des ouvriers des usine textiles. Conditions de travail et salaires indécents. La révolte a été réprimée dans le sang. À l’époque, Marx fréquentait le milieu libéral. C’est l’article d’un de ses amis, Arnold Ruge, sur cette révolte en Silésie, qui décide un peu de son adieu au libéralisme. On peut dire que cette répression de la révolte des tisserands silésiens est un moment inaugural de sa pensée. À partir de là, il élabore la notion de prolétariat, classe composée des artisans, mais aussi des paysans, de tous ceux qui ont été contraints d’abandonner une activité qui ne leur permettait plus de vivre, en raison de la concurrence créée par la révolution industrielle.

NRP – Le titre, le fantôme, à quoi est-ce que cela fait allusion ?
R. de C. – Ce sont les premières phrases du Manifeste : « Un spectre hante l’Europe – le spectre du communisme ». Et le personnage de Karl Marx dans mon récit se déplace sous une couverture (tissée par des Silésiens). La phrase est célèbre et est aussi à l’origine de l’ouvrage de Derrida, Spectres de Marx. L’idée du fantôme, c’est le retour, cette récurrence de la même figure, c’est l’idée d’une non-résolution des problèmes.

NRP – Le livre est très beau. Comment s’est fait le travail avec l’illustrateur ?
R. de C. – Sans méthode particulière, dans une grande liberté. L’illustrateur est à l’origine de bien des trouvailles. Par exemple le jeu avec les chiffres qui composent la matière de bien des figures ou objets. Le parti pris esthétique a été une certaine schématisation, pour faire écho à l’esthétique soviétique. Des visages simplifiés, une homogénéisation, une stéréotypie. Mais qui rend le tout très graphique.

NRP – Vous n’avez pas eu des craintes sur la réception d’un tel petit livre, sur le plan idéologique ?
R. de C. – Dans l’ensemble, la réception a été bonne. Même si un site Internet s’est insurgé pour dire que je faisais de la propagande pour les enfants… Alors que je n’ai cherché qu’à expliquer une pensée économique. J’ai repris la trame du premier chapitre du Capital, qui est une théorie de la valeur et réputé, d’ailleurs, illisible. Mais lorsqu’on suit le texte, pas à pas, il est très clair. Il me semblait important aussi de resituer le contexte historique. Mais, d’une certaine façon, plus Marx parle de son contemporain à lui, plus il parle au nôtre…

Publié le par la redaction nrp

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *