Grammaire de l’imagination

Publié le par la redaction nrp

« Grammaire » et « imagination », voilà deux termes bien antinomiques. Quelle pourrait être la raison de vouloir enfermer ce que l’esprit a de plus intime et débridé  dans une structure paradigmatique ? L’auteur l’annonce lui-même : « Imaginer, ça s’apprend ! ».

Pour les 90 ans de la naissance de Gianni Rodari, disparu en 1980, les éditions Rue du Monde, proposent une nouvelle édition de cet ouvrage qu’Italo Calvino, décrivait comme, à la fois, pédagogique et poétique et paru pour la première fois en France en 1979.

Cette « grammaire » se présente comme un ensemble de procédés destinés à susciter mais aussi comprendre les mécanismes de l’imagination. Mais G. Rodari s’affranchit d’une structure trop rigide et systématique en abordant chaque forme, chaque thème, comme une petite séquence autonome. Chacune entraîne naturellement le chapitre suivant comme si l’ensemble de l’ouvrage racontait une seule et même histoire : celle des « jeux d’imagination ».

Partant de son « binôme imaginatif » (création d’une histoire à partir de l’association de deux mots), concept au cœur de sa réflexion, l’auteur examine la matière qui peut nourrir l’imaginaire. Les classiques sont mis à contribution au même titre que le cadavre exquis de Breton, pour en venir peu à peu aux contes populaires qu’il présente comme une littérature exemplaire tant pas sa forme – la structure du conte peut servir de trame à l’invention – que par les thèmes familiers qu’ils abordent et les archétypes qu’ils mettent en scène.

Pourtant rien d’analytique, de théorique et encore moins d’académique dans son écriture. Son style libre sert le fond de son discours qui repose, lui-même, sur un substrat enrichi des études sur la psychologie et le développement de l’enfant (Henri Wallon, Jean Piaget), mais également sur la littérature-outil de l’imaginaire (Vladimir Propp). Il est, par ailleurs, remarquable que l’une des premières parties de l’ouvrage traite des « erreurs » génératrices  d’histoire. Fautes d’orthographe (le poissonnier qui échoue à vendre son « poison frais ») ou manipulations phonétiques et/ou sémantiques, l’esprit de l’élève n’est parfois pas loin des auteurs les plus imaginatifs et subversifs de la littérature contemporaine. Difficile de ne pas penser, pour ce chapitre, à un exercice cher à Boris Vian, le détournement de mot ; son inénarrable « bedon » en témoignerait parfaitement.

G. Rodari est le premier « expérimentateur » des techniques qu’il aborde. C’est sans doute pour cette raison, que l’ouvrage n’est pas seulement destiné aux professionnels de la pédagogie mais aussi aux parents et même à toute personne désireuse d’entraîner cette merveilleuse machine à raconter qu’est l’imaginaire.

« l’imagination n’est pas une hypothétique faculté séparée de l’esprit : c’est l’esprit lui-même dans son intégralité qui, appliqué à telle ou telle autre activité, se sert toujours des mêmes procédés. Et la pensée naît dans la lutte, non dans la quiétude. » (p. 32).

Gianni Rodari, Grammaire de l’imagination. (Introduction à l’art d’inventer les histoires), éditions Rue du Monde, 2010.

http://www.rue-des-livres.com/editeurs/654/rue_du_monde.html

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