Enfant

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ENFANTOn le sait, le mot enfant est construit sur un privatif, in-fans, qui ne parle pas, être privé de parole (voire de dessert, à l’occasion). On remarquera que ce sens correspond plutôt dans l’usage moderne de la langue,  au bébé, ce dernier, passant précisément au stade d’enfant par l’acquisition de la parole, vers l’âge de un à deux ans. Pensez au mot enfant, et ce n’est pas le silence qui vient d’abord à l’esprit… bien plutôt le babillage, le bavardage, les histoires qui n’en finissent pas – et au milieu de la classe la maîtresse pose l’index sur les lèvres. Chut… Louis-René des Forêts, auteur du Bavard, a également écrit La Chambre des enfants, nouvelle constituée exclusivement de conversations d’enfants écoutées derrière la porte de leur chambre… Il est vrai qu’à la fin du Xe siècle, lorsque le mot apparaît, les enfants avaient certainement moins voix au chapitre qu’aujourd’hui.

On sait moins en revanche que fable est constitué d’une racine identique à enfant (pha/phe ?)  signifiant éclairer (et qui a également donné phénomène). Et là, soudain, les sens miroitent… Si les fables peuvent nous éclairer sur le sens de nos vies, l’enfant serait, quant à lui, une lumière à faire naître. « L’éducation, ce n’est pas remplir un seau, c’est allumer une flamme », a écrit Yeats.

 

ENFANT n.m. est la francisation (en-) (XIe s.) de l’emprunt très ancien infans (fin Xe s.) au latin classique infans, infantis, à l’accusatif infantem ; le mot signifie proprement «qui ne parle pas» ; il est formé de in-, préfixe négatif, et du participe présent de fari « parler », qui se rattache à une importante racine indoeuropéenne signifiant à la fois « éclairer » (à phéno-, phénomène) et « parler » (à aphasie, emphase, fable). En latin classique, infans a dé signé l’enfant en bas âge, puis le jeune enfant ; il a remplacé en bas latin puer, puella «enfant de 6 à 14-15 ans» et liberi « les enfants, par rapport aux parents ».

■ En français, infans, puis enfant conserve les valeurs du latin. Il est introduit (fin Xes.) au sens de « garçon ou fille en bas âge », spécialement à la naissance. Jusqu’au XVIs., il a désigné un jeune homme noble (1080), en particulier servant comme page (XVe s.).Mais très rapidement, le mot, cessant de s’appliquer à l’être humain encore incapable de parler, désigne les garçons et filles jusqu’à l’adolescence (1080) ; en ce sens, enfante (v. 1550) ne s’est pas maintenu, enfant s’appliquant aussi à une fille dès le XIIIe siècle. Cette valeur générale, qui s’oppose à adulte, domine en français moderne.  Dès le XIIes., le mot s’applique, par comparaison ou extension, à des personnes dont le comportement, la mentalité, est jugée infantile ; cette valeur se réalise surtout dans des expressions, telle tenir por enfant (fin XIIe s.) « considérer comme infantile », traiter qqn comme un enfant et par extension faire l’enfant (1607 « faire des caprices »), c’est, ce n’est pas un jeu d’enfant (1690), les enfants s’amusent… ou un grand enfant. C’est avec ce sémantisme, sous un aspect positif de gentillesse, qu’a été formé le composé bon enfant (1560), adjectivé comme bonhomme au sens d’ « agréable et gentil, doux et tranquille » ; son dérivé BONENFANTISME

n.m. a é té à la mode à la fin du XIXe s., mais le féminin (une) bonne enfant

(1704) a disparu.  Avec l’acception la plus courante, enfant sert à former divers syntagmes : enfant sauvage (XVIIIe s.), qui  voque le thème des rapports entre l’humanité et les conditions de vie quasi animale, étudié aux XVIIIe-XIXe s. ; enfant terrible, qui a pris des valeurs extensives ; enfant martyr, sur le même registre que bourreau d’enfant.  Un syntagme est quasi lexicalisé : enfant de chœur (1531) désigne les jeunes desservants de la messe et, au figuré (1846), une personne naïve (sens relayé, sur le mode laïque et avec d’autres connotations, par boy-scout). L’argot s’en est emparé avec enfant de chœur de la messe de minuit (1611) « voleur », étouffer un enfant de chœur (1793) « boire un coup de vin rouge », par allusion à la robe rouge des enfants de chœur, locutions disparues, et prendre qqn pour un enfant de chœur (XIXe s.), qui renforce prendre pour un enfant.  Un autre sémantisme du mot concerne la naissance et la filiation maternelle : mourir d’enfant « en couches » (1328) et mal d’enfant « douleurs qui accompagnent l’accouchemen t» (1552). On trouve dès le

XVIe s. faire un enfant à une femme « la rendre enceinte » (1530), le sujet désignant un homme, et faire un enfant (1636) « mettre au monde », le sujet désignant la mère. Depuis les années 1930, l’expression vulgaire et paradoxale faire un enfant dans le dos à quelqu’un (qui fait allusion à la sodomie) signifie « tromper, trahir ».  Dans la même acception où enfant désigne un être humain proche de la naissance, enfant trouvé a donné lieu à un sens métaphorique (1704), « œuvre anonyme ». Enfant perdu a

acquis, du XVIe s. (1543) au début du XVIIIe s.une acception militaire : l’expression désigne un soldat détaché en avant-garde et très exposé, un éclaireur. L’emploi d’enfant dans ce contexte peut provenir de l’ancienne locution enfant de pied (1471), enfant à pied (XVe-XVIe s.) « soldat à pied » (à fantassin). La deuxième grande acception du mot est relationnelle ; enfant, souvent avec un complément en de ou un possessif, désigne sans acception d’âge le fils ou la fille d’une personne, femme ou homme. Cette valeur apparaît dès le XIe s. ; elle ne s’applique que stylistiquement aux animaux, par exemple dans des injures (enfant de cochon, etc.) moins courantes que enfant de salaud (1888 chez Courteline), enfant de pute, etc. L’expression enfant de l’amour (XVIIIe s.), qui s’applique en particulier à la filiation natu-

relle, hors mariage, joue sur les deux valeurs du mot.  Enfant s’emploie ensuite (XVe s.) par analogie au sens de « personne originaire de (un pays, un milieu) ».  Au XVIe s., on trouve par extension enfant comme terme d’affection (1532 ; mon enfant) ; de là son emploi au pluriel dans une relation hiérarchique paternaliste (1718, mes enfants).  C’est aussi au XVIe s. qu’il est pris au sens de « descendant », dans enfant de (1538), auparavant dans le vocabulaire biblique : les enfants des enfants « tous les descendants » (XIVe s.). Enfant de France s’est dit (1606) du fils ou de la fille légitime du roi régnant. Enfant de Marie désigne une jeune fille vouée à la Vierge Marie et au figuré une personne naïve et chaste. Enfant de troupe (1835) désigne un fils de militaire (orphelin) é levé dans une école militaire.  C’est au XIVes. que le mot dé signe par analogie un être humain considéré comme rattaché par ses origines à qqch. ou qqn, d’abord dans un contexte religieux avec enfants d’Israël (XIVe s.) puis enfants de Dieu « les chrétiens » (v. 1560), ensuite « les hommes » (1690). Avec cette valeur extensive il s’employait pour nommer des religieux par rapport au fondateur de l’ordre (1680).  En parlant des choses, enfant de… signifie aussi (1640) « effet, résultat », mais cet emploi classique est resté très littéraire.

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