Enfance et adolescence dans « Collège au cinéma »

Publié le par la redaction nrp

Entretien avec Grégoire Debailly, producteur de L’Apprenti.

Gaëlle Bebin Quelle a été votre principale source d’inspiration cinématographique pour l’élaboration du film ?

Grégoire Debailly Le très beau documentaire de Didier Nion, Dix-sept ans, sur un jeune apprenti en mécanique, lui aussi privé de son père. Dans L’Apprenti, Mathieu s’invente un père, il a besoin de s’appuyer sur un homme pour en devenir un. Dans le monde où il vit, être un homme c’est maîtriser un savoir-faire, être capable de travailler de ses mains. Des relations filiales s’établissent avec Paul, grâce à l’apprentissage.

G.B. – Quel est le genre de ce film ?

G.D. – Nous voulions faire un documentaire. Au cinéma, la ville et la banlieue sont surreprésentées. Nous avons voulu montrer le monde rural, celui des paysans, c’est comme cela que se revendique Paul. C’est un artisan : il dit qu’il n’exploite pas la terre, mais qu’il la cultive… En réalité, toute fiction est aussi documentaire, et tout documentaire est fiction. Dans L’Apprenti, vous trouvez certains codes de la fiction, comme le champ contre-champ, qui indique la présence de deux caméras, la qualité de l’image du 35 mm, l’éclairage, le découpage des scènes… Nous n’avons pas  tourné en une seule prise, comme le ferait un documentaire, mais nous n’avons pas écrit les dialogues, comme le ferait une fiction. Nous avons orienté les « acteurs » vers les états que nous voulions capter, par exemple en leur suggérant un sujet de conversation devant la caméra, qu’ils avaient abordé en dehors. La seule chose qui compte, c’est la justesse du film, et que le public la ressente.

G.B. – Avez-vous pensé à la démarche de Maurice Pialat dans L’enfance nue, également au programme de « Collège au cinéma » ?

G.D. – Pialat est pour beaucoup d’entre nous une référence majeure. Quand il est mort, je me souviens qu’il y a eu des pleurs à la Fémis. Nous avons en effet pensé à ce film, où il insère une situation de fiction dans un environnement réel. Son personnage, François, arrive comme notre apprenti dans une famille qui n’est pas la sienne. Et là aussi, la difficulté à établir des liens est centrale ; il s’agit de montrer comment on trouve sa place.

G.B. – Quel a été votre travail de producteur pour L’Apprenti ?

G.D. – Cela a été une aventure très particulière. Il s’agit d’un premier film, et nous avons commencé sans argent ; nous l’avons trouvé au fur et à mesure. D’habitude, on tourne une fois qu’on a trouvé les financements ! Tous les quatre, réalisateur, scénariste, monteur et producteur, nous avons travaillé de manière collective. Le tournage a duré un an, une semaine par mois – habituellement, on le concentre sur 6 semaines. Entre les moments de tournage, on montait les scènes et on imaginait comment allait s’orienter la suite.

G.B. – Pouvez-vous nous en dire plus sur le prochain film de Samuel Collardey, à nouveau centré sur l’adolescence ?

G.D. – Ce sera une fiction basée sur une histoire vraie. Celle d’un jeune Sénégalais arrivé seul à 13 ans en France. Sa famille s’était endettée dans l’espoir qu’il puisse entrer dans un grand club de football français, sur les conseils d’un « agent » qui l’a ensuite abandonné. Nous avons fait le casting au Sénégal ; l’enfant va découvrir la France pour la première fois, comme dans l’histoire que nous voulons raconter.

Un dossier élaboré par des enseignants et mis à disposition par Zéro de conduite  associe à une analyse de L’Apprenti des textes sur la vision de l’éducation dans le monde paysan, notamment un extrait de La place d’Annie Ernaux et de A l’est d’Eden de Steinbeck.

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