Histoires de mots

Écrire

Le Petit Robert Écrire, c’est d’abord une affaire de grattage et d’incision. Que ce soit par la racine indo-européenne (°sker) ou par la racine germanique (°wreitan) : toutes deux signifient bien entailler, inciser, témoignage des origines matérielles de l’écriture. Écrire de manière incisive, voilà, si on ignore l’étymologie, une forme de pléonasme métaphorique… Car si, aujourd’hui, écrire ne consiste presque plus jamais à creuser la matière (sauf peut-être sur les pierres tombales et la plaques professionnelles), arrimés que nous sommes tous à nos claviers d’ordinateurs, on devrait garder en mémoire cette idée de profondeur et matière liée à l’écriture. Idée que conserve, curieusement, le mot fichier, de nos fichiers informatiques : °figicare, °ficcare, du latin classique figere signifie entre autres « transpercer ». Cela ne manque pas de piquant, en effet…

 

ECRIRE verbe transitif  est issu (vers 1050, escrire) du latin scribere «tracer des caractères», «composer (une œuvre)», qui s’apparente à des termes indoeuropéens signifiant «gratter, inciser», ce qui rappelle l’origine matérielle de la plupart des écritures, gravées sur pierre ou incisées. Voir aussi le schéma.

Le verbe apparaît au sens général de «tracer (pour dessiner, peindre)», «mettre par écrit», valeur qui donne lieu à divers usages. Il est employé intransitivement pour «rédiger une lettre» (après 1250), et dans écrire à quelqu’un (vers 1560).

Il signifie ensuite «inscrire d’une manière durable» (1268) et, par extension, «tracer une inscription» (1395), puis «exprimer (quelque chose) par l’écriture» (vers 1370), aussi absolument (1549) ; de la écrire de quelque chose (vers 1250), écrire quelque chose «écrire au sujet de» (vers 1650) et écrire que «exposer dans un ouvrage».

S’écrire a signifié  «s’intituler (d’un ouvrage)» (fin XIVe siècle) et au XVIe siècle «écrire  son nom». Au XVIe siècle le verbe prend un sens métonymique : «employer telles lettres pour écrire (un mot)».

L’Académie relève au XIXe siècle le sens analogique de «composer en musique» (1835); au XXe siècle, écrire s’emploie avec une valeur extensive pour «inscrire (des informations) dans une mémoire électronique» (après 1960).

La valeur générale a suscité plusieurs locutions : écrire sur l’onde (1672) «oublier quelque chose» et «travailler sans résultat» a disparu ; ce qui est écrit est écrit (1694) «ce qui est convenu par écrit ne peut être changé », correspond aux paroles de Ponce Pilate aux Juifs qui voulaient modifier l’inscription sur la croix du Christ (Évangile selon saint Jean, XIX, 19) ; c’est (c’était) écrit «cela devait arriver», (XIXe siècle), auparavant il est écrit «Dieu l’a décidé » apparait au XVIe siècle dans les premières traductions de la Bible (aussi cela était écrit au Ciel, 1694). Par comparaison, écrire comme un chat (XVIIIe siècle) signifie «écrire très mal».

L’importance de l’écriture dans la civilisation est marquée par toute une série d’emplois figurés anciens. Dès le XIIe siècle on relève écrire a mal (a bonté ) «imputer à » (vers 1175), écrire quelqu’un a rei «le désigner comme roi» (vers 1190) ; ces emplois ont disparu en moyen français. Le verbe a eu aussi les sens de «dénombrer», «décrire», «présenter» (vers 1190), d’où «enregistrer» (fin XIVe siècle), sens qui se maintient jusqu’au XIXe siècle.

Écrire quelqu’un a signifié  «l’enrôler» (vers 1350) et «le commander» (fin XIe siècle).

Enfin au XVIe siècle le verbe prend le sens d’«enseigner (une doctrine) par écrit» (1549). Ces emplois ont disparu à  partir du français classique.

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