Charles Juliet, rencontre d’automne

Publié le par la redaction nrp

G.B. – Que cherchez-vous à apporter à de jeunes lecteurs lorsque vous intervenez dans les lycées ? Lesquelles de vos œuvres conseilleriez-vous ?

C.J. – Aux collégiens, L’Année de l’éveil, portrait de l’adolescent que j’ai été, car ils peuvent se retrouver dans les questions qu’il se pose, et aux lycéens Lambeaux, le drame de ma mère qui n’a pu vivre sa vie. J’y utilise le « tu » de la lettre qu’adolescent j’aurais voulu lui écrire. J’ai été séparé d’elle peu après ma naissance. Je tente de rejoindre ces jeunes dans leurs interrogations. Je leur parle de leur vie intérieure, qu’ils méconnaissent. Ils vivent en fonction du monde matériel, celui des choses. Cette société d’abondance peut les conduire sur un mauvais chemin. Je les invite à prêter attention à ce qui se déroule dans leur intériorité. Ils auront à essayer de bien se connaître, pour ne pas prendre des décisions, dans leurs choix de vie, qu’ils regretteraient par la suite. Et je leur conseille des livres, comme Terre des hommes de Saint-Exupéry. Ou Noces de Camus, un hymne à la ferveur de vivre, un livre plein de lumière. Qui  vous exalte…

G.B. – Animez-vous des ateliers d’écriture ?

C.J. – Je suis parfois invité à intervenir dans des ateliers d’écriture. Je ne propose aucune consigne mais un thème – la peur, par exemple. Ce que je m’efforce de faire, au moment de la lecture des textes, c’est de préciser une perception, de rythmer une phrase, de rechercher une plus grande simplicité. Il est important de savoir aussi ce qu’il faut éviter : faire impression en majorant ses émotions. Il faut chercher le mot juste : j’essaie de montrer pourquoi le choix d’un mot est important. Tant qu’on ne maîtrise pas ces connotations, bien des choses nous échappent… Il faut être conscient de toutes les composantes de l’écriture. Bien souvent les personnes qui suivent un atelier d’écriture ont par la suite un tout autre rapport à la lecture.

G.B. –  Beckett, comme Bram Van Velde et beaucoup d’artistes, parlent souvent de « vision ». Comment définiriez-vous cette « vision » qu’ils recherchent ?

C.J. – J’emploie moi aussi ce mot de « vision ». C’est une appréhension globale de l’être humain, des grandes données de la vie. Une pensée centrée et simplifiée est nécessaire pour parvenir à cette vision. Travailler sur les mots, c’est intervenir sur soi-même pour être toujours plus  simple. Il faut beaucoup travailler pour faire en sorte que la vision advienne. Elle met longtemps à se constituer, et la traduire en mots est l’affaire de toute une vie.

G.B. –  « L’œil se scrute » est le titre d’un de vos recueils de poèmes, et vous parlez aussi de « voix » intérieure…

C.J. – Je parle en effet souvent de cette voix silencieuse, qui murmure en chacun de nous. Mon travail d’écrivain consiste à me mettre à l’écoute de cette voix. Le poème est une fulgurance qui m’est souvent dictée. Dans le silence, la solitude. Parfois, au cours d’une insomnie j’écris dans ma tête une longue page que je retrouve le matin dans ma mémoire. J’écris beaucoup en marchant, et je parle mentalement tout ce que j’écris. Tout est parlé, le rythme est essentiel, et ce rythme je n’ai pas à le chercher, il s’impose à moi.

Voir la biographie et la bibliographie de l’auteur sur le site des éditions P.O.L.

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