Au cinéma, échec et réussite du dialogue entre communautés

Publié le par la redaction nrp

Par Gaëlle Bebin

Une bouteille a la mer copyright TSproductionsUne bouteille à la mer de Thierry Binisti, qui sort le 8 février, et La Désintégration de Philippe Faucon, sur les écrans le 15 février, montrent les trajectoires opposées de deux jeunes hommes confrontés aujourd’hui au terrorisme, ici et là-bas.

Dans le film Une bouteille à la mer (dont le scénario est adapté du roman pour la jeunesse Une bouteille dans la mer de Gaza de Valérie Zenatti), on suit la relation épistolaire entre Tal, lycéenne à Jérusalem et un jeune Palestinien de Gaza, Naïm. La Désintégration se passe en France dans la banlieue de Lille ; c’est l’histoire d’Ali, Nasser et Hamza (Nicolas, converti à l’islam), progressivement embrigadés par un extrémiste.
Ces deux films très différents tentent de montrer ce qui peut faire basculer ou non l’existence difficile d’un jeune homme dans la violence, par le refus ou l’acceptation du dialogue.
Dans La Désintégration, le conflit israélo-palestinien s’insinue dans la vie d’Ali, d’origine marocaine, qui se radicalise sous influence, devenant intégriste. Il se coupe de sa famille et rêve de s’engager pour ses « frères » qui meurent en Palestine. Ce même conflit, Naïm (Une bouteille à la mer) le subit tous les jours à Gaza mais il accepte de correspondre avec une Israélienne. Le dialogue s’établit malgré les obstacles, qui viennent aussi de leur communauté respective. Cet échange de messages avec l’ennemi est très mal perçu : lui, ne serait-il pas un traître ? Et elle, ne met-elle pas en danger sa famille ?
Naïm, qui vend des t-shirts, décide d’apprendre le français. Ali va en classe mais ne trouve aucun stage malgré ses recherches et est obligé de prendre un job de cariste. L’un reprend ses études, l’autre les abandonne. L’un veut sortir d’un pays en guerre, l’autre veut entrer en guerre dans un pays en paix.
La France a un rôle tout à fait différent dans les deux films. Elle est un avenir pour Naïm, qui espère partir y étudier en obtenant une bourse, soutenu par le professeur du Centre Culturel français de Gaza. Né en France, Ali s’en sent exclu.
Les réalisateurs cherchent à comprendre. Comment un membre d’une famille intégrée en France peut être tenté de mourir pour détruire l’ennemi occidental et laïque. Comment, à Gaza pendant les bombardements, on peut échapper au piège de la revanche ou de la résignation.
La figure du terroriste est le point de départ de l’un de ces deux films, et l’horizon de l’autre. Dans l’un, c’est l’explosion d’un kamikaze qui pousse un personnage à envoyer un message pour essayer de comprendre comment une telle chose peut se produire. Dans l’autre, l’action du kamikaze est l’objectif d’une argumentation patiente, perverse et efficace.
Chacun de ces deux films peut paraître excessif. Mais l’issue réservée aux personnages principaux se prépare par étapes. Et l’on va aussi au cinéma, plus rapide et concentré que la vie, pour voir comment se précipitent les destins.

Ali et sa mère dans "La Désintégration", /Christian Argento

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