Archives mensuelles : avril 2020

Les professeurs au front – Épisode 4 : Anne, à Saint-Raphaël

Publié le par La rédaction NRP

Dès le premier jour de la fermeture des établissements scolaires, de la maternelle à l’université, les enseignants se sont mis en ordre de bataille. Depuis leur salon ou leur bureau, ils ont fait de ces écrans qu’ils critiquent souvent des alliés pour poursuivre le travail commencé, et surtout ne pas rompre le lien. Trois professeurs de lettres racontent.

Épisode 4 : Anne, à Saint-Raphaël

Je me suis dit que c’était l’occasion de faire travailler mes élèves à l’écrit.

J’ai donc partagé avec mes quatre classes un drive dans lequel je poste des ressources et des devoirs à faire. Nous nous donnons rendez-vous à l’heure du cours sur un GoogleDoc partagé. Nous communiquons via le chat et via un groupe WhattsApp créé par les élèves. Avant le cours, les élèves m’ont envoyé leur travail respectif. Au moment du partage, un d’entre eux est désigné pour poster un extrait de son travail. Les autres, d’abord lecteurs du travail proposé, deviennent pour certains scripteurs en proposant des aménagements. Toutes les modifications sont automatiquement enregistrées et nous voyons qui écrit car le nom du scripteur est visible. Le travail final peut être téléchargé. Mon rôle est de les guider en pointant les manques ou les inexactitudes, je peux poser des questions sur un passage précis du texte ou du travail via les commentaires. Les élèves répondent aux questions puis modifient la proposition en tenant compte des remarques. Ils peuvent faire de même et poster une question précise en surlignant un passage du texte ou du travail proposé.

En une heure, nous pouvons ainsi retravailler entre quatre et cinq productions d’élèves. Le travail de reformulation ou d’amélioration n’engage pas tous les élèves. Certains restent passifs et se contentent de lire les commentaires des autres, mais en tirent, je l’espère, des bénéfices. Je constate que les élèves osent poser des questions et se lancent globalement volontiers, tout en étant respectueux du travail des autres.

Une anecdote : le dernier cours d’HLP a donné lieu à un « jeu de pistes » qui nécessitait que les élèves ouvrent et commentent plusieurs ressources, nous avons travaillé sur un premier document selon les modalités décrites ci-dessus. J’ai donné ensuite rendez-vous aux élèves sur un autre GoogleDoc où nous avons procédé de la même manière puis je les ai renvoyés vers une vidéo postée dans les ressources avant de nous retrouver sur une dernière page commune pour un sujet de réflexion bilan. La classe ayant créé un groupe WhatssApp, nous avons pu garder le contact pour ne perdre personne pendant l’heure et demi de cette séance.

Voici une capture d’écran d’une séance avec des BTS. Les étudiants devaient reformuler des extraits de textes : articles, essais, romans.

Publié le par La rédaction NRP

Les professeurs au front – Épisode 3 : Natacha, à Bordeaux, enseigner pendant l’apocalypse virale

Publié le par La rédaction NRP

Dès le premier jour de la fermeture des établissements scolaires, de la maternelle à l’université, les enseignants se sont mis en ordre de bataille. Depuis leur salon ou leur bureau, ils ont fait de ces écrans qu’ils critiquent souvent des alliés pour poursuivre le travail commencé, et surtout ne pas rompre le lien. Trois professeurs de lettres racontent.

Épisode 3 : Natacha, à Bordeaux : enseigner pendant l’apocalypse virale

« En tant que chercheuse spécialisée dans la science-fiction, j’appréhendais depuis plusieurs semaines l’arrêt total des cours suite à l’annonce de la diffusion exponentielle du coronavirus. ˝ Quand la réalité dépasse la fiction apocalyptique ˝, comme dirait mon ami et collègue canadien Patrick Bergeron qui vient, quelle anticipation, d’élaborer le dossier « Histoires de fins du monde » pour le numéro de mars de la NRP collège consacré aux catastrophes et cataclysmes.
Dès le premier jour, j’ai constitué un dossier « Cours Corona » dans mon ordinateur et prévenu élèves et étudiants. Évidemment, il faut se servir des outils mis à notre disposition, École directe et E-campus par exemple. Mais un cours écrit en PDF ne remplacera jamais la présence vivante de l’enseignant. Alors on innove : d’abord garder le contact avec les élèves et utiliser leurs réseaux, une page Facebook, un compte Instagram rien que pour eux, pour partager des vidéos et être à leur niveau, presque à leur image, pour établir une communication intergénérationnelle. Ensuite élaborer un planning semaine par semaine pour ne pas les noyer sous une masse de documents. Proposer des supports les plus variés possibles : un cours classique, avec des exercices en auto-correction certes mais aussi des vidéos, des extraits de films, de pièces de théâtre pour exercer une culture transversale. En spé Humanités lettres, je fais lire Les Animaux dénaturés de Vercors, puis un groupement de textes allant de La Fontaine a La Planète des singes, mais aussi un mini dossier sur une comparaison entre le roman de Pierre Boulle et les différentes adaptations cinématographiques, et la réalisation d’une anthologie poétique à partir d’une bibliographie sur le thème de l’animal en poésie.
Profiter de ce temps incertain pour abolir les frontières du cours et ouvrir nos élèves à la culture tout en s’éloignant du cours traditionnel… « Ô Capitaine, mon Capitaine, le temps du confinement est celui qui permet de monter sur les tables et de repousser les murs de la salle de classe ! »

Publié le par La rédaction NRP

Les professeurs au front – Épisode 2 : Elvire, en région toulousaine, produire un journal du confinement

Publié le par La rédaction NRP

Dès le premier jour de la fermeture des établissements scolaires, de la maternelle à l’université, les enseignants se sont mis en ordre de bataille. Depuis leur salon ou leur bureau, ils ont fait de ces écrans qu’ils critiquent souvent des alliés pour poursuivre le travail commencé, et surtout ne pas rompre le lien. Trois professeurs de lettres racontent.

Épisode 2 : Elvire, en région toulousaine : produire un journal du confinement

« J’ai écrit à tous mes élèves de 4e et de 3e dès le début en leur demandant de tenir un journal du confinement. Ils ont déjà un journal du lecteur et ont une idée de ce que j’attends. Je leur ai cependant préparé un mode d’emploi pour embrayer l’écriture. Après deux semaines de confinement, je sais qu’ils s’y tiennent. Évidemment, c’est un peu répétitif… les journées sont longues en confinement… Je les ai donc relancés en leur expliquant à quel point ce qu’on vit est inédit, et en pariant que leur journal sera un témoignage de premier ordre pour les historiens du futur et pour leurs enfants. Ils entrent dans l’histoire de cette manière-là, par l’écriture. Quand ce sera terminé, j’ai l’intention de réaliser un album que j’éditerai et imprimerai avec les extraits les plus intéressants de leurs textes. »

Publié le par La rédaction NRP

Les professeurs au front – Épisode 1 : Laurence, à Nantes, continuer, s’organiser, imaginer

Publié le par La rédaction NRP

Dès le premier jour de la fermeture des établissements scolaires, de la maternelle à l’université, les enseignants se sont mis en ordre de bataille. Depuis leur salon ou leur bureau, ils ont fait de ces écrans qu’ils critiquent souvent des alliés pour poursuivre le travail commencé, et surtout ne pas rompre le lien. Trois professeurs de lettres racontent.

Épisode 1 : Laurence, à Nantes : continuer, s’organiser, imaginer

« J’ai mis en place des séances de classe virtuelle une fois par semaine par classe : ça leur plaît, cela permet de s’entendre, et pour les élèves de dire ce que l’on n’écrirait pas forcément par mail ou sur e-lyco [NDLR : l’ENT des Pays de Loire].
La vraie difficulté est de trouver la juste dose de travail, des modalités qui ne mobilisent pas trop l’ordinateur que plusieurs membres de la famille doivent parfois se partager, et qui stimulent les élèves qui ne sont pas portés par le groupe classe et la présence du professeur.
Du point de vue de l’enseignant, comment éviter de passer tout son temps à travailler ? Les premiers jours, j’ai voulu contrôler que chacun avait pris connaissance des messages envoyés ; j’ai donné du travail, j’ai voulu tout corriger et tout renvoyer et je me suis vite trouvée débordée : 10 heures par jour, c’est trop. Au bout d’une semaine, je gère autrement car ils savent que toute l’équipe veille. Je prélève un travail par semaine et par élève environ, je fais réaliser des QCM en ligne sur ce que j’ai donné à réviser, je les renvoie à des pages des manuels numériques que les éditeurs ont eu la bonne idée de mettre en accès libre. J’essaie de trouver aussi le moyen de les responsabiliser car ce peut être à mes yeux l’une des facettes positives, pour certains du moins, de ce travail à distance.
J’ai trouvé un exercice en forme de rallye pour mes Spé Humanités dont la plupart sont peu scolaires : leur faire rédiger un texte mettant en scène la rencontre d’un ou plusieurs personnages arrivés dans un pays imaginaire avec des habitants du lieu. Cela fait suite à l’étude du corpus sur la Lune et à la façon dont les êtres vivants y sont représentés. Ils doivent joindre à leur texte une notice expliquant les caractéristiques des « habitants » qu’ils ont voulu mettre en avant et préciser leur intention (simple dépaysement, éloge, critique). Ils peuvent travailler en groupe – ils communiquent bien entre eux – et chaque groupe m’envoie son travail à la fin de la journée. Je conserve la notice, et j’envoie le texte aux membres d’un autre groupe qui devra faire, à partir de l’analyse de la page, la notice. Celle-ci doit se rapprocher au maximum de l’original. Cela permet de vérifier s’ils ont bien lu les textes et su tirer parti de leur lecture. Ça ne me fait pas mal de lecture mais moins de correction. »

Publié le par La rédaction NRP